François Grinand : Domaine du Perron

François Grinand : Domaine du Perron

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Ses vignes sont juste au-dessus du village, Villebois, on y accède par un petit chemin, ça grimpe un peu, les vignes sont à flanc de pente, François y passe avec le treuil. Il y a seulement un peu plus de 2 hectares, « c’est juste ce qu’il faut », et sur la grande parcelle, il n’y a que des morceaux éparpillés, parce que sûrement pour des raisons familiales, les gens ne veulent pas vendre, et parfois c’est embêtant, il aurait bien aimé récupérer quelques morceaux, et que ce soit plus uniforme mais au moins personne n’utilise de chimie ici. Une partie des vignes appartenait à son père, qui faisait du vin juste comme ça. François lui, il était musicien, et puis il savait pas trop ce qu’il voulait faire, et puis vers ses 27 ans, il a pris la suite, c’était en 93.

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« Je savais que les produits chimiques à la vigne existaient mais j’en utilisais pas. Côté cave au tout début j’étais attiré par des trucs plutôt techno, j’avais l’impression que c’était ce qu’il fallait faire, toutes ces manipulations. Mais un jour j’ai rencontré un vigneron qui utilisait très peu de technique, c’était simple sa façon de vinifier, c’était bon, et ça plaisait, et c’est à partir de là que j’ai amorcé ma réflexion ».

Ses premiers vins à François, « c’était la cata, j’ai tout jeté ». Il dit qu’il n’a été satisfait qu’à partir des années 2000, même s’il rajoute qu’il n’est jamais vraiment satisfait, mais je dis qu’il est sûrement trop dur avec lui-même ou trop humble. À la cave, le chardonnay est en barrique, en cuve, toujours vif, il est aussi macéré 15 jours, ce qui aujourd’hui goûte très réduit, arôme pas sympa d’oeuf pourri, mais pourtant derrière il en a, du corps, de la force, du caractère. La mondeuse, ça donne un jus toujours surprenant. Parce que c’est très noir, que la première gorgée c’est comme mordre dans le fruit, et puis en fait c’est pétant, droit, incisif, y a de l’amertume, un genre de rigidité, c’est pas péjoratif, même si on a l’habitude des vins souples qui s’étendent, non là c’est presque vert, zesté, poivré. Ça a été égrappé, on le lui avait conseillé, « ça prend un temps fou d’égrapper à la main mais le résultat est là ». C’est que la rafle de la mondeuse elle est trop grosse, ça donnerait encore davantage ces goûts âpres et rêches. Y a du gamay, du pinot noir, et en blanc, de la roussette bien sûr, cette acidité qui fait rêver, et la salinité qui fait saliver.

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François parle lentement et posément, tranquillement, il raconte, répond aux questions, en pose aussi, sa discussion, ça apaise. Il parle de Louis, son fils, 21 ans, qui l’a aidé à faucher ce matin, « il a même fauché les roses trémières, j’aurais dû l’arrêter » et qui est sensé ouiller une barrique de chardonnay aujourd’hui mais il faut qu’il le lui rappelle, car « il est comme moi, il est distrait ». Cette année il va s’essayer à faire une cuvée, sur une parcelle que François a récupérée, poussé par l’envie de son fils, et il a l’air de s’y tenir, alors c’est bien, on verra. « Moi j’ai jamais forcé, au départ il m’aidait mais ça l’intéressait pas, mais aujourd’hui il est assidu. En tout cas, que ça reste dans la famille ou non, c’est important de transmettre ». Y a un pet nat de mondeuse, l’année dernière y avait une grosse récolte, il avait tout mis dans une cuve et en quelques heures ça avait commencé à déborder, il savait pas trop quoi faire, et puis il a tiré du jus, c’est pratiquement un rosé de saignée, il a mis en cuve, puis en bouteille, puis dégorgé, et c’est frais, il dit qu’il reste peut-être un peu de sucre mais ça se sent à peine.

Les vignes sont pimpantes, il est optimiste, y a du raisin, pas de maladie, quoique un tout petit peu de mildiou mais il a quand même réussi à le contenir. Souvent y a des sangliers alors il met une clôture. Mais là elle n’y est pas. Le sol, c’est rare, y a très peu d’argile, c’est surtout éboulis calcaire, la terre est marron ocre, on la voit bien un peu plus haut, sur le morceau qu’il vient d’arracher. C’est beau la falaise qui surplombe tout.

 
Luc Bauer

Luc Bauer

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