Bastien, el clandestino

Bastien, el clandestino

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Son rosé La Galine est un cabernet sauvignon pressé tout de suite après la vendange, enfin presque, parce que comme il y a très peu de vignes, ils sont jamais nombreux pour les vendanges, parfois même ils ne sont que deux, et du coup, le temps qu’ils ramassent tout, il stocke les raisins chez des vignerons copains, dans une chambre froide, et il peut tout presser en même temps à la fin, et d’ailleurs c’est mieux de presser les raisins froids plutôt que trop chauffés par le soleil. Alors pressé le cabernet, il reste en cuve, et puis voilà, c’est bon, c’est un rosé clair, de la Provence, mais pas trop clair non plus, c’est blindé de fruits, comme une fraise fraîche qu’on croque, et tu sais comment c’est quand il te reste ce grain sous la dent que tu croques, l’acidité mêlée au sucre, au soleil, et puis c’est frais, convivial avec le barbecue, quand les saucisses grillent dessus, et qu’on parle, qu’on fait connaissance, c’est facile. Il a aussi gardé un rosé de 2015, plus complexe, sûrement parce qu’il a vieilli, il avait fait macérer de l’ugni blanc, 90% quand même, c’est pour ça peut-être cette couleur orange, cette trame amère, un peu agrumée, et y a 10% de grenache qui viennent de chez les Milan, pour la couleur.

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El Clandestino, je me demandais un peu pourquoi, et puis ce masque, en fait c’est qu’il a beaucoup glané, récupéré les raisins sur des parcelles de vignes abandonnées, le sauveur de raisin, j’ai entendu parlé de missions commando de nuit, on n’en saura pas plus et j’ai compris que c’était peut-être mieux comme ça. Bastien a aussi fait du vin avec des raisins achetés à des domaines sur lesquels il travaillait, et puis petit à petit, il a repris des vignes, comme cette parcelle de cabernet sauvignon au pied des Alpilles, à la Galine. Sur le bord, il y a une bande de sable et il fait des essais, il a planté des francs de pieds parce que ça résiste aux maladies, et c’est vraiment son défi, son but ultime, de réussir à ne pas traiter, rien du tout, avec rien, et surtout pas au cuivre. « En fait c’est juste que si tu habitues tes vignes à ne rien leur faire, à ne pas les toucher, elles sont plus résistantes. C’est un peu comme les enfants et les antibiotiques finalement. Alors forcément au début y a un sevrage, tu t’habitues à avoir un peu moins de récolte. Mais, j’y crois, que ça fonctionne. Y a des pépés ici toutes leurs vignes c’est comme ça, presque sauvages, ils viennent seulement deux fois sur la parcelle, pour tailler et pour vendanger ».

Bastien a également un plantier, tout a été planté l’année dernière et ça devrait donner du fruit l’année prochaine, c’est que des hybrides, c’est résistant, comme par exemple le villard blanc, et il a travaillé avec de super pépiniéristes, « c’est vraiment important, c’est le nerf de la guerre, et il y a des gens qui font des greffes superbes, à l’anglaise, pas des omega pourris, qui sont de l’obsolescence programmée, que tu plantes et que t’es obligé d’arracher au bout de 30 ans, ça n’a pas de sens ». Alors là tout est mélangé, et au milieu il a aussi planté des arbres. « Je suis pour la polyculture, les arbres et la vignes, ça va ensemble, et aussi je voudrais faire des jus de fruits, alors là j’ai planté des grenadiers et des pommiers, et des figuiers, pour faire des figues sèches ». Il voudrait du gingembre aussi. Il faut 5 ans environ pour qu’ils donnent. Il y a un système d’eau pour arroser, c’est indispensable les premières années, il leur faut de l’eau sinon ça prend pas. Le sol est travaillé en traction animale.

L’idée c’est de ne plus rentrer sur la parcelle avec un tracteur, de tout faire avec la main, et d’intervenir peu.

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Le plantier est à côté de chez Marie qui a les serres, qui a les plants, herbes aromatiques et médicinales, légumes, plantes grasses, un peu de tout. Ça fait une synergie, ça a du sens, une même énergie, une dynamique, pour échanger, “y avait un gars qui s’était installé là à côté pour faire du maraîchage mais il a arrêté au bout d’un an il manquait un peu de motivation le gars”.

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Sur la parcelle au dessous des Alpilles, Bastien va aussi planter des arbres, il veut faire le combo de l’apéro, amandes, pistaches, cacahuètes,

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et là un peu plus haut, « tiens regarde y a trop de pins on se fait envahir », il en a un peu coupés, car il va planter de la vigne. Ça sent la garrigue. Une belle forêt tout autour. Monter un peu, on a pris une cagette, on va ramasser du thym, c’est chouette, ce week-end y a une cousinade, ça fait toujours plaisir d’offrir ça, des petits bouquets de thym, y en a plein partout, c’est beau ces petites fleurs violettes, sous ces Alpilles trop belles et rocailleuses, il faut couper au bas des brins de thym, ça repousse encore plus vigoureux,

y a du vent qui porte les parfums, la Provence, y a des tilleuls et des chênes verts et blancs.

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Bastien parle du coin, parle du monde, de l’univers, des énergies, de la loi de l’attraction, des choses qui se passent, des erreurs, du passé, de l’avenir, de ce qui vient, doit venir, va se passer, il est optimiste, on va vivre de grandes choses, de grands bouleversements. Y a le négoce pour vivre un peu, parce qu’il n’a pas assez de vignes et ce qu’il récupère ici et là. Il parle de cette année-là, ses premiers vins, quand il est monté à un salon, c’était pas vraiment officiel, la claque de la douane, plus de 700€, le gars qui lui a dit « le vin maison doit rester à la maison », le monde tourne pas rond, la dissidence pour bien travailler, pour faire et avancer. Il a toujours aimé le vin, il était sommelier, il a bourlingué, bossé à Lavinia à Paris, parce qu’il était amoureux de sa femme et qu’elle était à Paris, et puis après, après s’être installé dans le Cantal, il est finalement revenu ici, le sud, de là d’où il vient presque, là où il a sa famille, une opportunité de travailler à la vigne, et il s’est laissé aller à ça.

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Aujourd’hui c’est son anniversaire, il a 40 ans, les copains arrivent, tous un lot de gens qui travaillent la terre ou presque, sa femme dit que la vie a beaucoup changé avec Bastien, et puis les fraises, les jus de pommes, les arbres, les vins, la verticale, la syrah 2014 pur fruit, d’une finesse, un crayon, un grain, en place, joli comme un trait de fusain, élancé, léger, le fruit, et puis la tomate, tomate séchée, superbe, et différents styles, tous différents styles, des choses beaucoup plus riches, chaque vin son histoire son anecdote, là où c’est récupéré, la personne avec qui c’est fait. C’est ça le vin finalement, chaque flacon son histoire propre, son atypicité. Dans les barriques 2018 récupérées chez Trevallon, barriques de blanc, en plus c’est difficile à trouver, le villard, délicieux, sans soufre, l’amande, c’est chouette, et ouillé avec du grand blanc de chez les Milan.

Il est propriétaire de rien, et son père lui dit « mais attends Bastien ça dans quelques temps ce sera plus à toi… » mais il s’en fout, il faut faire les choses, maintenant, il faut faire, et demain, on verra demain. C’est pas important.

Luc Bauer

Luc Bauer

Les Maoù : Aurélie et Vincent

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