Les Maoù : Aurélie et Vincent

Les Maoù : Aurélie et Vincent

MAOU, c’est mignon, voir cette inscription, sur tous les cartons, empilés, dans le compartiment, sur le côté du chai, qui garde au frais.

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C’est parce qu’entre eux, ils s’appellent maou, mais quand dans les salons t’as les potes qui hurlent comme ça de loin, oh eh maouuuu, c’est un peu moins enjôleur.

Aurélie et Vincent se sont aventurés là-dedans, pour devenir vignerons, en 2014, ils rentraient d’Irlande, tous deux originaires de Marseille, un peu fatigués du Nord, ce coin où il fait pas très chaud, et où on mange pas très bien, à part parfois mexicain, alors qu’en France, manger de la bonne nourriture mexicaine c’est vachement compliqué et puis tu ne trouves pas les ingrédients qu’il faut pour cuisiner mexicain, mais là-bas c’est super. Parfois depuis qu’ils sont ici ils commandent sur internet de la bonne farine de maïs, blanche, et pas jaune, pour faire les tortillas, et ils peuvent cuisiner mexicain. Ce soir Vincent a fait un guacamole, mais il n’avait plus de coriandre, alors il a mis du persil, et il a moins aimé. Ils adorent la nourriture mexicaine, ils sont allés au Mexique plusieurs fois.

Ils font du vin ici, entre Roussillon, Gordes, Lagnes, Saint-Saturnin-lès-Apt. Au départ ils avaient une poignée d’hectares de cinsault, grenache, syrah, carignan, et ils ont découvert que des endroits étaient très gélifs, alors ils ont pris davantage de terres, ils se sont dit « on double la surface, comme ça si on gèle, y a moins de risques, du moins, on perd moins », et ils ont trouvé une parcelle de cabernets sauvignons qu’ils voudraient greffer en blanc, avec des cépages du coin, du sud, parce qu’ils n’ont pas de blanc, et qu’ils en voudraient, et d’ailleurs Aurélie voulait faire un blanc de macération, et elle était super enthousiaste quand ils l’ont prise cette nouvelle grande parcelle toute co-plantée de grenache, syrah, cinsault, carignan, et clairette, parce qu’elle a pensé « ça va être super de la clairette en macération », mais en fait, c’est de la clairette rose. Elle était déçue. Sur ce grand morceau de parcelle, car ces presque désormais 10 hectares, sont divisés en grands pans de vignes, vastes terrains, et longs rangs, il y a aussi un lot de vignes qu’ils ne savent pas trop ce que c’est : les feuilles n’ont pas tout à fait la même couleur, c’est un peu rougé.

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Le sol est presque nu dans les vignes, il plussoie, c’est vrai que ça peut paraître gênant, visuellement, mais « à ce moment-là j’ai besoin que le sol il travaille pour moi en fait, c’est juste que là, maintenant, de l’herbe, ça ferait trop concurrence et dans les raisins sinon ça manque d’azote, et au chai, ça patine ». Alors, ils travaillent le sol un rang sur deux, ils griffent, décavaillonnent, butent, et enlèvent l’herbe mécaniquement.

Les vins, les Maoù, ils les veulent droit, ils chassent les goûts de souris, mettent un tout petit peu de soufre quand il le faut, et ils aiment bien les styles de vinif' de chez Dard et Ribo.

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Etiqueter quelques magnums dans le petit chai bien rempli mais bien organisé, avec des grandes cuves en fibre, il faut bien s’organiser, sinon c’est vite le bordel. Bientôt peut-être qu’ils auront une nouvelle parcelle, un terrain nu, où ils pourront planter de la vigne et construire leur chai, ce serait plus pratique, c’est pas encore sûr, c’est en cours.

Goûter au déjeuner Entre les gouttes, carignan + un peu d’un cépage que je connais pas, l’aubun, bien noir, sudiste, bien d’ici. Bu là en discutant, devant le chai, alors qu’il fait beau, assis sur des caisses retournées, et faire connaissance. Vincent avant il était chercheur, les mathématiques, et puis au bout d’un moment, ça n’allait plus, il fallait qu’il trouve autre chose à faire, pour se sauver presque. Aurélie travaillait à la Poste, elle en avait marre aussi. Et tous les deux, le vin, ils aimaient ça, depuis longtemps ils aiment ça, au restaurant un gars leur avait fait découvrir des vins, et puis, ils goûtaient des trucs, ils écrivaient dans un petit carnet, ils prenaient des notes. Ils n’ont jamais regretté ce changement de vie. Ils prendront sûrement une équipe pour l’ébourgeonnage. Le cinsault pousse dans tous les sens.

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Là bas, au loin, il y a un terroir d’ôcre, c’est orange, « on aurait bien aimé avoir des vignes là, mais c’est bloqué dans des affaires de famille ».

Faire un grand tour de toutes les parcelles, c’est beau. On a croisé le voisin, qui installait des bottes de paille tout autour des vignes parce que la pression du gel était forte pour la nuit. Vincent n’avait pas l’air effrayé, mais quand même le lendemain matin, avant même de boire un café il est parti voir les vignes, voir et s’assurer que ça n’avait pas gelé, et c’était vraiment ric-rac.

Au dîner, avec les pâtes, et la viande en sauce, après le guacamole, et après avoir couché les enfants, on a parlé des salons, c’est bien quand ça s’organise bien, le rapport aux gens, pour entrer en contact.

Un couple d’amis est là, parler de la teuf, parler des gens, d’humains, parler des vins, goûter d’autres vins, parce qu’au bout d’un moment Vincent et Aurélie ils en ont marre de goûter leurs propres vins.

C’est simple, l’accueil, l’ouverture, l’échange, le partage, la réserve, la bonhommie, le vin comme un passeport.

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Parler des rosés, goûter Au Ptit Bonheur, le cinsault et grenache, rouge clair, courtes macérations, qu’est frais, digeste, vif.

L’autre jour, Aurélie a pioché, pioché, pioché, Vincent la regardait, de loin, du tracteur, en pensant, mais qu’est-ce qu’elle fout, mais elle dit en racontant, en riant, que « c’est super satisfaisant même si c’est hyper dur, parce que plus t’avances, plus c’est propre, c’est vraiment beau, quand tout a été bien pioché, et puis la semaine dernière ils ont fait la fête, trop la fête, c’était presque sa flagellation, sa repentance, piocher, pour se pardonner soi ».

On rit.

Haut les Coeurs, j’ai bu ça hier soir, sur le balcon, c’était fluide, c’était le fruit, et quand même le soleil, quand même ce coin-là, la chaleur, mais sans lourdeur, sans rusticité, sans grossièreté, plutôt la finesse, l’élégance, la force, tout en douceur.

 
Bastien, el clandestino

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Aurélien Petit, Montpeyroux, l'ébourgeonnage

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