Aurélien Petit, Montpeyroux, l'ébourgeonnage

Aurélien Petit, Montpeyroux, l'ébourgeonnage

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C’est la journée des caves ouvertes à Montpeyroux, ça veut dire que toutes les caves de Montpeyroux s’ouvrent, et on peut tout goûter, avec un verre dans une pochette attachée autour du cou, et un petit carnet de notes. Mais moi c’est juste les vins d’Aurélien que je voudrais goûter, c’est dimanche, et j’ai pas envie de me mettre un verre autour du cou, j’ai pas envie de faire la fête non plus, t’as des jours comme ça, t’as envie d’être calme, ça arrive, c’est bien. J’ai pris un verre, et puis je suis arrivée devant la cave du Petit Domaine, y a une table avec les vins, Magali et Aurélien qui font déguster, du monde devant, et au dessus suspendues, des bouteilles vides avec des fleurs dedans, attachées avec une ficelle, et c’est joli. Je voulais goûter son rosé à Aurélien, on m’en avait parlé du rosé d’Aurélien, alors j’étais contente de goûter ça, Bagatelle, même si Aurélien a dit que c’était pas très frais, mais en fait ça allait très bien. Il dit qu’il cherche à faire un rosé qui lui plaît, mais que là il n’est pas encore entièrement satisfait. La couleur est rose, qui tire sur l’orange, saumon alors, c’est 40% mourvèdre, 40% cinsault, 20% grenache noir, tout pressé directement, c’est frais, les petits fruits rouges qui croquent et qu’on aime bien dans le rosé, on dirait qu’il reste du sucre mais en fait c’est le gras, les glycerols qu’apporte le grenache noir qui donnent cette illusion suave. J’ai aussi goûté le blanc, et puis les rouges, et puis l’hydromel qui pétille fait avec du miel de lavande, et le gin, qu’est tout délicat, et puis, on a célébré un peu, parce que finalement on était un petit groupe, on a mis du citron et du tonic dans le gin, mais après je suis rentrée, avec et chez Pauline, au bout de la rue, parce que quand même j’avais dit que c’était dimanche et que j’avais pas trop envie de faire la fête.

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Heureusement on finit toujours par re-goûter les vins, c’est là que c’est intéressant, quand on peut goûter plusieurs fois, dans des contextes différents, finalement y a que comme ça qu’on peut se faire une vraie idée, qu’on entre vraiment dans le style des vins de quelqu’un. Alors, j’ai ouvert Myrmidon en haut de la montagne à Sainte-Maxime, en Provence, il est 19h, j’étais toute seule, j’étais festive cette fois-ci. J’ai trouvé un super endroit pour dormir, un recoin au bord d’une route pas passante du tout, en hauteur, avec du recul, la vue sur des vallons verts, la mer au bout, j’ai tout, des amandes, du pain, du fromage, et des sardines à l’huile. J’ai plusieurs vins dans la voiture, j’ai hésité, mais j’ai choisis Myrmidon, parce que je veux me le remettre en mémoire, y a écrit syrah sur la bouteille, 2016, je sais pas comment c’est fait, peu importe au fond, j’ouvre, le jus est noir, ça a l’air dense et épais presque, je sens, prends une gorgée, et ça m’a assise cette fluidité, la gouleyance, horrible mot pour dire quelque chose de si évident, qui coule, qui fuit, qui glisse, c’est franchement bluffant, l’absence totale de blocage, de rudesse, de frein, c’est d’une facilité de boire ça, c’est fou, pas de gaz du tout, et le goût de raisin, comme te dire autrement, quand tu sens avec ton nez, avec ta langue, ta bouche, tes joues à l’intérieur, le goût du raisin, le jus, comme quand tu croques le grain, le raisin, ce goût acqueux fruité, ce plaisir, prendre une gorgée, et regarder droit devant.

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Le jour où j’ai rencontré Aurélien, il m’a demandé combien de temps je restais, j’ai dit que je savais pas trop, mais on a quand même dit qu’on s’appellerait, et que peut-être je pourrai participer un peu à quelque chose en fin de semaine, et jeudi on n’a pas pu car il pleuvait, mais vendredi c’était bon, et on s’est donné rendez-vous à 6h45 devant la cave à Montpeyroux pour aller ébourgeonner. Aurélien, Magali, Jojo, et moi, et le chien, on est monté dans la camionnette et on a filé jusqu’à Saint-Guiraud, le soleil se levait, il faisait encore un peu frais, le ciel était orange. La veille il avait beaucoup plu, c’était tout trempé, Aurélien m’avait conseillée de mettre mes bottes « parce qu’on aura les pieds mouillés toute la matinée, chez moi y a beaucoup d’herbe ». On est arrivé dans les chenin, dans la lumière du matin, c’est beau, les montagnes qui se détachent là-bas au fond, les vignes dans l’herbe, froide et humide, même un peu blanche sous la rosée et le soleil, et les feuilles bien vertes qui sortent des pieds, et puis nous, courbés. Aurélien m’a un peu briefée « alors, ébourgeonner, en fait, tu vois, ça sort de partout, et dans quelques semaines si on n’en enlève pas un peu ce sera hyper touffu, on n’y verra plus rien, alors l’idée c’est de sélectionner d’emblée, d’éliminer une partie des grappes avant qu’elles ne se forment, pour pas épuiser le cep, moins mais mieux, éviter les doubles bourgeons, éviter les trucs qui partent d’en bas, il faut choisir, et bien choisir » parce que, Aurélien a renchéri « tout ce que t’enlèves et que t’aurais pas dû enlever, faut savoir que c’est de la récolte en moins, et bon quand même l’idée, c’est d’avoir du raisin ». C’est un coup à prendre. Magali a dit que c’était un peu comme la taille l’ébourgeonnage dans le sens où c’est un truc que tu peux pas faire plus de 5h d’affilées sinon tu commences à faire n’importe quoi, à couper des trucs qu’il aurait pas fallu couper. Ils blaguent et se racontent des choses le long des rangs de vignes. Ça fait mal au dos. On a tous perdu la sensation d’avoir des pieds dans nos bottes, ça se couvre, il fait pas chaud, mais quand le soleil revient, ça va mieux.

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C’est en 1985 que ces chenin ont été plantés, « oui à l’époque, on plantait du chenin par ici, parce que comme c’est le sud et que les vins sont assez riches et concentrés, on cherchait la vivacité ». Aurélien a 7 hectares en fermage, financièrement c’est plus intéressant, parce que acheter à Montpeyroux c’est devenu cher, mais « ça change un peu ton approche quelque part quand tu n’es pas propriétaire de tes vignes, tu vois les choses à plus court terme, y a des choses, des tâches de long terme que t’envisages pas ou moins ». Peut-être qu’il finira par acheter, mais pour l’instant les propriétaires ne veulent pas vendre.

Le sol il essaie de le toucher le moins possible, et pour l’herbe, il tond et passe le rotofil au pied des ceps. Demain il faut qu’il aille traiter, à 6h30 il a dit à Jojo.

 
Les Maoù : Aurélie et Vincent

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Olivier Cohen : déguster toute la journée

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