Domaine des côtes de la molière, un conte, les Perraud

Domaine des côtes de la molière, un conte, les Perraud

J’ai dîné en bout de table, entre Isabelle et Bruno, comme si je faisais partie du clan des Perraud, on était tous les trois, j’avais mis ma robe violette, parce qu’ils sont toujours chics les Perraud, et j’avais envie d’être ton sur ton, pour une fois, même si j’avais pas pris de douche depuis…quelques temps, (mais ils m’ont offert la douche), leurs 4 enfants étaient absents, Lily est née, faisant d’un fils un papa, d’un couple de parents, un papi, et une mamie, c’est ainsi, bienvenue Lily. Les lentilles étaient en salade, la fraîcheur s’était mise à tomber un peu, d’un coup, une petite laine sur les épaules, les vins, on les a bus, mais c’était ce genre de dîner, tu sais, où finalement, tu oublies presque de parler du vin, parce que tu laisses ça couler, glisser, c’est bon, évidemment, c’est bon, mais pour une fois, t’as envie de parler d’autre chose, les tomates étaient sur la pâte à tarte de Isa, avec la feta, et la mozza, et il y avait les chiens aussi, bien sûr, les chiens, parce que Brindille, c’est la maman de ma Youka. Elles se sont reniflées, elles se sont pas déplues, ni vraiment peut-être plues, d’ailleurs, en fait c’est juste qu’elles ne se sont pas reconnues. C’est comme ça ! Mais c’était mignon. Et les poules, c’était bien tentant… Isabelle, quand elle hurle après les chiens, je te jure, ça moufte pas longtemps. Bruno, c’est un sportif, un trailer, un marathonien en 3h14, un vrai, quoi. Je me souviens ce temps-là, mes marathons, c’était bien, puis ça m’a passé un peu, cette petite folie, ça m’a lassé en fait, mais parfois ça me manque, je cours un peu, tranquille, je regarde le paysage maintenant, je me suis assagie, j’ai vieilli ! Contemplative, je suis contemplative, voilà.

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On a goûté les vins l’après-midi, je me suis incrustée à un rendez-vous clients. Ça goûte hein, comme on aime bien dire dans le milieu, en faisant la moue et en tendant le coude, ouais ça goûte grave. Ça fait 4 ans que je connais leurs vins, mais ça faisait longtemps que je ne les avais pas picolés. 2017, c’est une année de vigneron qu’elle y dit Isabelle, oui, elle y met des y partout quand elle parle, c’est son accent, d’ailleurs on sait pas trop d’où il y vient son accent, de cette lyonnaise installée là, et elle dit que si elle y mettait pas le y, elle sait pas bien ce qu’elle y mettrait. Bruno, lui, c’est un pur bojalien, et il l’a pas, cet accent. Oui, 2017, il y a tout. Le fruit, le chaud, l’acide, le frais, l’équilibre, et donc d’une certaine façon, comme il y a vraiment tout, c’est presque trop parfait, la beauté, sans le charme. Ça manque presque de charisme. Les gens préfèrent le 2016 en général. En ’17, ils ont grêlé à 80%, mais ils font du négoce, ils ont pris ce pli, à cause des mauvaises années au début, et puis aujourd’hui ça fait partie de leur travail, il y a d’un côté la vinification de leurs raisins, et de l’autre, celle de raisins qu’ils ramassent mais qu’ils ne font pas mûrir, c’est juste différent, ça permet de travailler un autre cépage, ou une autre appellation. 

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Blanc libre, 100% clairette, sur l’amande fraîche, l’acidité, « alors que c’est curieux y’en a même pas de l’acidité aux analyses », frais, tendu, loin de l’exubérance que je fantasme toujours sur la clairette. 

Les clients, ils cherchent un vin pour un mariage, alors le saint Amour ce serait bien, ça ferait un clin d’oeil. Bruno dit « c’est putassier le nez du saint Amour, en général c’est celui qui plaît, qui séduit, la cagole ». Isabelle dit « au début, on a flippé, on avait peur que les gens croient qu’on ait levuré tellement c’était aguicheur » . Facile, fruit, léger, roulade, glissade. 

Le moulin-à-vent est un peu plus vert, plus végétal, un peu plus provocateur et asséchant. 

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Happy bulles 2015, c’est la fête. Franchement. Oui. Une fête ! Ça se prend pas la tête, que c’est bon. Le jus est super foncé, 5 jours de macération, des petites bulles qui veulent exister, qui sautillent, tout en douceur, en apesanteur, ça sent la tapenade, c’est frais, pas frappé, grenade, boum.

Et Morgon, tout rond, souple, sensuel, soyeux, confiture étalée avec le dos de la cuillère, ça me touche au coeur le Morgon des Perraud moi. 

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Les roses trémières sont partout, longues, perchées, majestueuses, avec leurs grandes feuilles vertes. 

Chez Bruno, c’est la 6ème génération de vignerons, ils ont gardé le chai familial. Isabelle l’a rencontré quand elle avait 16 ans, elle avait fait une fac d’allemand, option psychanalyse, oui, et à 21 ans elle était enceinte. « Moi je voulais des enfants quoi ». Tout de suite, elle les y voulait, c’est ça qu’il faut entendre. 

Contre le mildiou - c’est drôle, j’ai failli y mettre une majuscule à ce mildiou, tellement il commence à me faire flipper, un peu comme un grand monstre qu’on craint, le Mildiou - ils ont traité cinq fois, ça a l’air d’aller. Ils n’osent pas le dire, ils sont superstitieux. L’année dernière, Isabelle rentrait de la vigne, elle a dit « mais qu’est-ce qu’on va faire de tous ces raisins ? Il y en a tellement ! », et le soir-même, la grêle emportait tout. 

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J’ai filé regagner mon carrosse garé dans le champ de la mère d’Isa, vue sur les vaches, et le Beaujolais, ah Vauxrenard, dans le noir presque complet, sans autre lampe de poche que le flash de ce fidèle iphone, bercée, dorlotée, quel accueil, la douceur, d’un papi, d’une mamie, ça va, je déconne, Isabelle, Bruno, merci, votre douceur, votre aisance, votre simplicité, les chiens, les poules, le jardin, la douche, adoptez-moi !

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