Domaine Milan : chaud comme les braises du barbecue

Domaine Milan : chaud comme les braises du barbecue

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Henri a des gouttelettes d'eau qui ruissellent sur le front « mais à qui il est ce chien, mais qu’il est beau, ah c’est le tiens, Pauline mais qu’est-ce que tu viens faire là, ah oui, super, mais génial, et je te sers la bulle, hein, t’as soif hein, je te sers bien ». 38°C sur le domaine Milan à Saint-Rémy-de-Provence, il fait chaud, tout le monde est chaud, on dirait le début d’un tube de l’été sur lequel on danserait en maillot de bain, le cheveu salé, du sable sur les pieds, déhanchement endiablé. C’est un peu ça. Le caveau, y’a du monde, du coin, de loin, ça goûte, y’a des bébés, y’a Théo, Seb qui travaille là, Henri qui gravite, les bouteilles au mur, les lunettes de soleil sur le comptoir, et le liquide gazeux qui descend, le grenache blanc, cueilli ici, mis à pétiller en méthode trad’ là-bas, plus haut en France, frais, mentholé, frétille, fait frétiller, ça met en jambe, « on l’a reçu hier, y’en a déjà 12 qui sont tombées (des quilles) ». Et puis, le Grand Blanc. Le Grand Blanc que j’ai goûté il y a longtemps, dont j’ai un souvenir qui fait saliver, et qui est toujours aussi brillant. Là-dedans, 5 raisins, roussanne, vermentino, muscat, grenache blanc, chardonnay, qui semblent s’être bien accordés : l’acidité, l’amande crue, le fruit juteux, le dégoulis d’ananas, la fleur, la pêche mûre, et le gras. Mozart, quoi. « Pourquoi t’as pas fait goûter la bulle rosé d’abord ? » De père en fils, chacun son avis, son rythme, mais ça suit. « Toutes les bouteilles où j’ai mis un papillon, c’est sans soufre, sans soufre du tout ». 

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Ce que j’aime dans les rouges Milan moi c’est que t’as toute la chaleur du sud, tout ce charisme, franc, appuyé, cette force, le grillé, le fruit très mûr, la tomate séchée, l’olive, l’olive écrasée, séchée, la tapenade, t’as cette droiture, mais c’est jamais trop, c’est jamais lourd, écrasant, c’est jamais trop dense ou confit, c’est jamais indigeste. C’est très fort (fort genre réussi hein), et c’est très bon. Grappes entières souvent, la plupart du temps, ça permet cette finesse un peu verte, cette colonne vertébrale autour de laquelle le fruit se vautre, ça équilibre. Macérations courtes, du 5 jours, c’est limite du carbonique, mais ça l’est pas quand même. 

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Plongée dans le jardin, 100% merlot, avec rien qui goûte merlot, plutôt la salade de fraises, du thym, du basilic. Du Milan nouveau plus nouveau mais toujours très bon, Du Vallon, du S&X, du vieux millésime, du 100% pinot noir, « oui Henri il aime bien planter les trucs que personne n’a ici », ça vieillit en fûts qui sont pas jeunes, en cuve, attendre les vins, les laisser grandir, évoluer, c’est joli tout ce qui se trame là… 

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« Venez parce que sinon y’aura plus de pizz’ » ! Une pâte fine, de la tomate, anchois, olives noires, le barbecue fait ses braises, le groupe se découvre, se retrouve, se rassemble, grande tablée, le joyeux bordel, le pâté qu’a fait Natalie, la compagne de Théo, qui dit que c’est trop salé, mais c’est pas vrai. Elliot est bientôt prêt à partir à la sieste, il saute sur les genoux d’Henri, rire, rougir, le soleil, transpirer, « allez bascule il faut que tu goûtes ça », baux de Provence 2002, les vins vieillissent bien, ça se lisse, se pâtine, ça perd sa fougue et trouve la sagesse, une profondeur, un message, un truc qui passe, c’est fou, et ça reste plein d’informations, de garrigue, d’herbes, de fruits, d’impressions, les merguez grillent, les légumes aussi y passent, au barbec’, « allez allez bascule », j’entends ce bout de phrase, tout le temps, faut suivre, la vieille roussanne, oxydatif comme un Jura, j’ai même pas le temps ou plutôt la lucidité de prendre une photo, je suis une fausse blogueuse, je bois, c’est bon, bien sûr, tout est bon, oui, toujours hyper droit, toujours hyper riche et pur, c’est presque prouesse, et puis Haru, le vin de Théo, areuh, le vin de bébé, qu’il a, ou qu’il est, vis-à-vis de Henri, peut-être, je sais pas, j’imagine, la descendance, la suite, la relève, elle est belle. Emmanuelle, la soeur de Théo, partie en Alsace, l’amour... et le vin toujours, quand même ! 

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Et tout s’enchaîne, très vite, trop vite, les maquereaux, les côtelettes, les andouillettes, ça n’en finit pas, les cakes, les tartes, les tuiles aux amandes, les bulles, encore, de nouveau, et les esprits qui vagabondent, se contredisent, les gens qui crient, les gens qui s’allongent dans l’herbe. 

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Allez. C'est le soir, on va se baigner. Le lac de Saint-Rémy, la lumière tombe, les falaises, l’étendue d’eau, je ris, que c’est bon, qu’on est bien, le reflet sur l’eau, les rides du lac, le corps, délassé, dernières gorgées, profiter, trinquer, les rencontres, la vie, saliver, putain, putain, c’est frais, c’est bon, inestimable, cette sensation, ce moment, unique, on rit, se rhabiller, glousser, partir, tomber en panne, chouiner, se résigner, s’adapter, accepter, assumer.

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Bordatto : Des pommes et des raisins

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David Large, rap et raisin

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