David Large, rap et raisin

David Large, rap et raisin

À écouter en lisant…

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De la musique avant toute chose. Bien taillé pour David, cet Art Poétique (Verlaine). Et pour cela, préfère l’impair, plus vague et plus soluble dans l’air. David, calme et tranquille, sans rien en lui qui pèse ou qui pose, qui n’est pas un gros fêtard, tu le verras jamais à 5h du mat’ décousu, il se dit timide, poète incompris ou incompréhensible, il écrit des poèmes, des textes, des mots, peu importe le format, il dit, musicalement, vinicolement, textuellement, graphiquement, il dit, l’homme, et le vigneron, dans le geste, le style, le goût, le design du carton, la parcelle verticale. Dire et transmettre. Il voulait faire une classe littéraire, puis après finalement, il est tombé dedans, dans la cuve, la vigne, le vin, c’est familial, c’était son père, grand-père, puis tous les -pères d’avant. Il a suivi, très jeune, la track, une vingtaine d’hectares, avec son père, tout basé sur une vente au négoce, et puis se louper, ça n’a pas été vendu, il s’est endetté, si jeune, l’angoisse, puis, partir, dans le Rhône, se former, travailler chez Chapoutier, s’éveiller à la biodynamie, se marier, garder 1 hectare et des brouettes avec son père, faire du bio même si le papa n’y croit pas bien fort, revenir dans le Bojo, essayer de s’installer, galérer, acheter un VW combi bleu canard en se disant que ça va sauver le couple, puis finalement repartir dans le Rhône, retravailler chez Chapoutier, côté cave, apprendre la sommellerie, se projeter caviste, divorcer, voir des amis, aller au Canada, faire le plein de bonnes vibes, revenir dans le Bojo, s’y pencher, vraiment, s’y lancer, s’y consacrer, y aller, quoi. 

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Donc, 2017, premier millésime en David Large, même s’il a toujours vinifié et bossé la vigne ici, on va dire premier millésime après tournant. 

De la musique encore et toujours ! Que ton vers soit la chose envolée, Qu’on sent qui fuit d'une âme en allée, Vers d'autres cieux à d'autres amours.

David aime le rap. Je tends l’oreille sur la musique qui sort du micro de l’ordinateur, à côté de la casserole tiède de cire noire qui sert à waxer les goulots des magnums, des paroles, des mots, de l’énergie, une mélodie. Il organise des soirées vin et rap, fait le parallèle, avec le mot terroir au centre. Quel rapport ? D’un côté, un chanteur, sa patte, son style, son histoire, l’espace dont il est marqué, origine, culture, famille, milieu, expériences, influences, le rapeur est l’interprète de sa propre existence, donner un rythme, bouger les mains, claquer des doigts, la façon de remuer, la verve, la poigne, le fond, la forme, par la chanson, tout transparaît, tout se décrypte. De l’autre, le vin. Le fruit, la variété, le cépage, l’âge des vignes, comment elles ont été taillées, menées, guidées, le sol, ce qu’il y a dedans, ce qu’il a subi, son histoire, son exposition, au soleil, ou non, au désherbant, ou non, l’homme qui bosse la vigne, à la main, au tracteur, le moment de la vendange, la façon de vinifier, grappes entières ou baies seules, le contenant, le bois, le béton, l’inox, le moment, de soutirer, de mettre en bouteilles, le millésime. Le terroir, c’est ça. Tous ces marqueurs-là qui feront qu’un jus est unique. Tous ces marqueurs-là qui feront qu’une chanson est unique. L’accent, l’intonation, le choix des mots, les arômes, la densité, la couleur. Vaste analogie dans laquelle je pourrais me perdre longtemps, car toute création dit, car tout homme qui créé, qui fait, veut consciemment ou non, dire. C’est ça qu’est passionnant. 

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Il colle les étiquettes des magnums à la colle liquide et au pinceau fin, minutieux, chronophage, même si quand même, pour les bouteilles, il a investi dans une étiqueteuse. Et puis, partir voir les vignes, dans le combi qui date des années 80, qui ne démarre qu’en descente, qui chauffe un peu. Les parcelles des Grands Terriers sont hyper dures à bosser, presque à la verticale, avec une rallonge du tracteur, « c’est vachement physique », c’est du gamay, et il y a cette vue, bien sûr, le Beaujolais, vert et frais, sur cette parcelle, de la  fraîcheur oui, un vin avec un peu de soufre, en levures indigènes, une odeur rustique, un peu brute, un peu sauvage, qui se garde bien de dire qu’en bouche le liquide est juteux, soyeux, élégant, qu’il est framboise, joli, riche, et enveloppant. Y’a du blanc, du chardonnay, du gamay, éparpillé, et il aimerait bien du gamaret, y’en a qui font des tests avec du gamaret dans le bojo, à voir, mais pour les appellations, tout ça, faut voir, t’as pas vraiment le droit. Il fait du négoce aussi, Heartbreaker par exemple ça lui permet de vinifier d’autres raisins, « et puis, c’est une façon différente de travailler, et puis tu achètes à un gars, tu le fais vivre aussi », ben oui, c’est quoi le problème si c’est affiché ? Sur l’étiquette, c’est bien distingué, David Large Négoce ou David Large Vigneron. 

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Patate de Forain, référence à Seth Gueko, plus foufou que ce qu’il voulait, ça sent la viande, le sang, c’est charbonneux, t’as la viande calcinée au barbeuc, et le fruit qui est complètement derrière ce truc très animal. Je rêve d’un magret de canard logé entre deux braises, qu’on déchirerait au couteau bien aiguisé, vlan, la goutte de sang, qui perle. Il a mis le pet’nat’ au congélateur, ça fait 5h qu’il y est. En fait, il s’est raté, il a dit. Quand tu décapsules ça gicle complètement, il reste plus rien dans la bouteille. Il a demandé des conseils autour de lui, aux Perraud par exemple, qui font Happy Bulle, en fait il aurait fallu qu’il filtre, parce que là ça repart en fermentation, ça bouge trop. La couleur est folle. Ce fushia mauve dis… En effet, ça dégage, ça se propulse, mais le froid lui a fait du bien, il nous reste les 3/4 dans la bouteille. Ses parents viennent boire un coup. Il reste un peu de sucre, c’est ce qu’il voulait. Frais, frappé, quoique à ce stade c’est presque sorbet grenade, chan-mé la bulle dite ratée. Des morceaux qui trempent au cul de la bouteille. Peu importe.

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Il a 33 ans. Il envoie toujours ses vins à la RVF, ça l’intéresse de se comparer, de voir comment ses vins sont perçus, ça le touche l’interprétation de ces journalistes dégustateurs. Ça le fait réfléchir, et progresser. 

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Il a bossé avec son graphiste pour faire des cartons sympas, un magnéto crayonné, un carton fait pour porter sur l’épaule, toujours, le rap, et le vin, son monde, son univers, qu’il pousse, il va à Paris, à une expo, il essaie de placer ses vins là où ça fait du sens, en lien, avec les rapeurs, l’image qu’il aime, il y a les photos qu’il fait au mur, il aime bien, à ses heures perdues, un peu de photo. Un besoin de s’exprimer, qu’il semble. 

Que ton vers soit la bonne aventure, éparse au vent crispé du matin, qui va fleurant la menthe et le thym… Et tout le reste est littérature.

 
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