Sébastien Congretel, l'épicurieux, faire ses gammes-ays

Sébastien Congretel, l'épicurieux, faire ses gammes-ays

C’est la fraîcheur de celui qui amorce. « Ça va comme quelqu’un qui débute ! » il m’a répondu. La modestie ou le doute. L’incertitude. Et aussi quand même un peu de confiance en lui, en ce qu’il fait, ce qu’il crée, la foi, la poigne, la tranquillité d’avancer en étant un peu sûr, parce qu’il y croit. Être souple, assez pour se référer aux anciens, et encore plus pour les faire se remettre en question, eux, soi, pour essayer, tâtonner, chercher. - Il y a une saison pour planter la vigne sur une friche ? - « Normalement on dit le printemps. Moi j’ai envie d’essayer l’automne, la racine va aller se planter bien profondément ». - On peut planter des céréales, des potirons, des courgettes, des choux, ou que sais-je entre les rangs de vignes ? - « Y’en a qui le font oui. Après, à voir, je sais pas, ça dépend peut-être, où, quoi, comment, quand, si tu dois passer avec ton tracteur, peut-être un rang sur deux ».

Oui, se poser des questions.

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Vouloir grandir, Sébastien acquiert progressivement, une parcelle, plantée, un terrain, vague, un chai digne de ce nom, sortir du garage des beaux-parents, ou des propriétaires des parcelles dont il est le fermier, être autonome. Créer un petit système global, un éco-système. Une parcelle, de l’espace, des haies, des arbres fruitiers, oui au milieu de la parcelle si tu bosses pas au tracteur. Avoir de l’herbe. Les parcelles, c’est lui qui les a toutes converties au bio. Le label, bientôt. Sur ce rectangle bien vert, proche du hameau Saint Joseph, on est en Morgon, le cirque des montagnes, des vallons, des ronds, des vagues, l’ondulant, marcher dans les vignes, Seb et sa pioche, moi et mes gants, il faut enlever les carottes sauvages, les herbes qui piquent que les vendangeurs n’aimeront pas, faut faire du propre. Je sens la terre avec mon nez. Ça sent bon, une belle terre, preste, leste, ductile, marron, humide, fraîche, friable, ça sent la vie, ça sent la terre, ça sent. Ça détend d’arracher ces trucs. 

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Seb, casquette à l’envers le matin, dans le bon sens l’après-midi - il fait trop chaud -, a une compagne, a 3 enfants. 2-5-7. Le plus petit parle à peine mais il balbutie « vin » quand Seb débouche une bouteille. Ils viennent dans les vignes ensemble, ils trempent le doigt dans le verre. « Toi aussi papa tu vas être une zélébrité en faisant du vin ? » Ça en a inspiré le nom d’une cuvée. « Pour se moquer, de ceux qui se prennent trop au sérieux en faisant du vin, qui se prennent pour des stars ». Je ne sais pas d’où vient cette starification. Plutôt du regard des autres que d’une décision, j’ose imaginer. Zélébrité c’est le Morgon. Gamay velvet, caresser la peau du fruit, enveloppant, sentir le sucre du fruit. Avant, Seb, c’était les plateformes pétrolières, il partait à l’autre bout du monde, un mois durant, forer. Il en a eu marre de louper la croissance de ses gosses. Charlotte, elle, a baigné dans le vin. Père vigneron. Frères et soeurs qui s’en font tous piqués. Sebastien apprend au contact du beau père. Sur le tas. Au feeling. Par instinct, intérêt, et bien sûr, travail. Charlotte fait une formation. C’est une formation pour deux en quelque sorte. Ils se lancent. À deux, un peu, puis non, enfin, si, mais plus tard, le temps que ça dégage un peu de quoi vivre aussi, que ce soit plus confortable. Petit épicurieux deviendra sûrement grand. Ici, à morgon, un bout de terre se repose, ça fait deux ans, encore un, ou plus, puis ils pourront replanter. Il faut attendre après des terres qui ont souffert. Le désherbant ça flingue tout, c’est vraiment dégueulasse. On passe devant des terres à poil, grillées, brûlées, oui, dégueulasses. Le temps qu’il faut pour récupérer ça après…

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Entre granit rose et pierre bleue, le Beaujolais a des trucs à dire à travers le gamay. Dans Chacha 2017, en Régnié, Sébastien a fait un test. Une (grosse) partie avec un peu de soufre (2g juste avant la mise en bouteille), et une petite partie sans aucun soufre ajouté. Il dit que c’est la cuvée 100% plutôt que la cuvée sans soufre, façon de voir le verre moitié plein plutôt que moitié vide. C’est vraiment intéressant comme expérience de dégust. Le (légèrement) soufré est bon, juteux, acide, il est 11h, ça goûte bien, fruit, léger, gamay, pimpant. Le 100%, il est vraiment différent en fait. Il a un petit peu de gaz, et il est moins stable, ben oui, plus fou-fou, l’acidité a un visage, celui d’un citron, d’un zeste, c’est plus complexe, ça parle davantage, ça dit garrigue, bizarre, thym, romarin, petite tomate séchée. Oui, plus funky, moins lisse, moins rangé. Ça me parle plus ça. En plus, t’as zéro déviance, pas de souris, pas de volatile, il dit acétate, mais je ne le sens même pas, c’est cool sans soufre Seb. 

Il rogne, la vigne, parce que sinon, c’est trop lourd, ça tombe partout. Il réfléchit à palisser. Ça permettrait de laisser s’épanouir la plante, sans la couper en son sommet, il lui laisse son apex, son orienteur, son guide, son antenne. « C’est fou, parfois l’apex regarde le ciel, parfois le sol. C’est le cycle de la lune, c’est impressionnant, comme si elle disait, là c’est soleil, là on se concentre sur les raisins ».

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Tomates, mozza, bavette, café, « je chaptalise pas mes vins mais je mets du sucre dans mon café », aller se percher dans la montagne, contempler le Beaujolais. Vallées et vallons, seins plats, seins ronds, verts clairs, verts tendres, frais, foncés, marqués, ridés, patinés, c’est beau, sous la lumière, qui tombe, sous la nuit, là, qui monte, s’épanouit, adoucit.

 
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