Céline et le Clos Les Mets d'Âmes, ça crée, sacré, le féminin

Céline et le Clos Les Mets d'Âmes, ça crée, sacré, le féminin

On s’est quitté là, elle a souri, elle a dit « je pense que c’était bien que tu sois là aujourd’hui, c’était drôle cette journée, cette rencontre, tous les quatre ». Proche de la commotion, je trace sur ma figure un sourire si franc qu’il me dépasse, et je la prends dans mes bras, parce que Céline, c’est de ces rencontres qui ne te laisse ni froid ni indifférent, de ces rencontres qui te bousculent. 

Aurions-Idernes, tout proche de Madiran, découvrir l’univers de Céline, se laisser porter. 

Tout s’est enchaîné sans que je ne m’en rende vraiment compte en fait. Je suis arrivée avec presque 2h de retard, parce que coincée dans le traquenard Imanol Garay qui te fait goûter toutes ses barriques en long et en large au petit-déjeuner, alors oui forcément je suis en retard. Mais, Céline m’a reçue quand même, on a commencé à discuter là, entre le chai, la voiture, et la maison, et finalement on a parlé là une heure. D’abord j’ai raconté mon aventure, et elle m’a contemplée en souriant « c’est cool en tout cas ça vibre bien » et j’ai compris sans vraiment comprendre ce qu’elle voulait dire mais je m’en satisfaisais bien je crois, et puis elle m’a raconté son aventure à elle. Elle a travaillé comme ingénieure en conseil environnemental à Paris, même si elle est originaire d’ici, et puis un jour, il était temps de changer, et comme lui avait dit une sage amérindienne « ça goûte plus bon là ».  Alors voilà, elle est revenue, elle a repris ce domaine, 20 hectares dont 5 de vignes. 

Le Clos Les Mets d’Âmes. 

Le féminin, c’est important pour Céline. J’essaie de tisser ma toile avec tous les éléments qu’elle me donne, les amérindiens, les lunes, les énergies, le féminin sacré, les vibrations, ça me parle, c’est riche, ça fait sens même, c’est toujours déstabilisant quand quelqu’un te raconte une histoire, qui justement, résonne voire raisonne à ce point, à la manière d’un gong qui fait écho jusque dans ton coeur. 

Elle me parle des chasseurs qui étaient là le jour où elle avait prévu d’aller se ressourcer dans le petit bois juste là, ça l’a mise en colère, et puis après, elle a su, le renard, les poules, etc, et puis elle a compris, la leçon que lui donnait la nature, poser les limites. Même pour ses brebis, elle a compris, elle a compris qu’il fallait savoir contrôler, d’une certaine façon, que diriger ce n’était pas anéantir. La nature c’est beau, la vie, tout ça, mais tu dois te faire respecter, sinon tu te fais bouffer, on vient vraiment t’emmerder. Dans la nature, elle trouve toutes les leçons de la vie. 

Ce matin, elle a fait une silice à 5h, elle est un peu fatiguée là. La silice, c’est un procédé biodynamique qui se fait tôt le matin. En gros : ça apporte plus de vigueur donc plus de résistance aux maladies, ça accentue la relation de la vigne à son environnement vivant, ça la rend plus verticale, plus réceptive à la lumière du soleil. Ça lui fait du bien quoi ! 

En fait, Céline, avec ce domaine, elle veut montrer qu’il y a de l’abondance, partout, qu’on peut faire du bon, qu’on peut nourrir, se nourrir, correctement, le corps et l’âme, on peut vivre différemment, dès lors que l’on prend le temps, que l’on est à l’écoute de ce que l’on a autour de soi. Il faut reconnecter avec l’acte d’y mettre les mains, avec la patience, avec la notion de création au fond, et de partage aussi, car c’est en équipe que l’on créé. Maintenant elle a trois personnes qui travaillent avec elle. D’ailleurs, elle voudrait lancer un genre de balade une fois par semaine, un moment pour que les gens puissent découvrir le domaine, la ferme, les vins, la démarche biodynamique, une balade où ça chante parce qu’elle aime ça chanter, et qu’elle n’est pas la seule dans l’équipe, « c’est génial, toutes les personnes viennent à moi au bon moment », s’éveiller, éveiller. Elle aimerait bien aussi faire du pain ici, installer un fournil.

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Il est 13h, Alexis et Marie viennent d’arriver, c’était prévu, mais puisque j’étais en retard… Finalement on goûte les vins ensemble. La fraîcheur du fruit, comme la rosée du matin sur un brin d’herbe, mais une structure bien affirmée bien Madiran, un jus bien noir, et pour le blanc, une finesse acide qui accentue bien le jus du sud. De la pureté, mais pas de brutalité, plutôt du suave, et de la rondeur. C’est souple comme une panthère. Alexis a un restaurant de sushis à Puy-en-Velay, et avant il était ébéniste. C’est quoi le rapport ? Il adore cette question : « ben, c’est pareil ! », il adore répondre. Probablement parce que le rapport c’est la passion, la fièvre, le bouillon comme dit sa compagne. C’est un dingue de musique aussi, il organise souvent des petits concerts dans son restau, et puis il aime mixer des musiques électroniques. Il voue un culte au yuzu, d’ailleurs il en a récupéré quelques uns, et son coffre de voiture en est plein. C’est un fou-furieux Alexis, un mec qui fonce pour réaliser ses rêves, quelqu’un qui se fout de ce que l’on peut penser. Marie est professeure des écoles, et elle-aussi, à sa façon, elle essaie d’imprimer sa patte, d’avancer, elle forme d’autres professeurs, et vise peut-être un poste de directrice. Ils forment un joli duo, le genre qui a l’air d’avoir trouvé un équilibre, entre s’épauler, s’aimer, s’accompagner, se laisser libre, vivre son individualité et ses rêves. C’est souvent le fil du rasoir. 

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Tout ça on se l’est raconté sur cette table de restaurant, à quelques minutes de chez Céline, un restaurant tenu par des basques, qui ressemble à une cantine. Une grande salle avec des tables rectangulaires bien alignées, des voiles rouges aux fenêtres, des corbeilles de pain en acier, des assiettes blanches qui s’empilent. La vraie cantoche authentique. Des plats à partager, des crudités, une garbure qu’il pleuve, qu’il vente, ou qu’il canicule, et aujourd’hui c’est axoa de veau, frites, puis des choux à la crème. On s’est raconté nos vies là-dessus. Ces trajectoires toutes différentes, et qui pourtant nous avaient réunis là, ce jour. 

Le vin rassembleur. 

Riche en symboles de se rencontrer là, géographiquement au beau milieu de la route de Compostelle, ce chemin de pèlerins, qui littéralement se pèlent, enlèvent les couches de superflu pour se ressourcer, se retrouver, être plus fidèle à soi, cette route qui passe par là, et qui trouve un point final à Puy-en-Velay. 

Était-ce ce que l’on faisait les uns et les autres, chacun dans nos vies respectives, dans nos démarches, à travers nos aventures ?

Céline a souvent le mot juste. Elle a les mots -tion. 

 
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