Rousselin increvables, Mildiou go away!!!

Rousselin increvables, Mildiou go away!!!

Une ariégeoise et un breton rencontrés à la 21 ème année de l’une, à la 27 ème de l’autre, tombés en amour, sous le signe du rock, le rock qui crie dans les oreilles, le rock qui affirme les idées, habille le coeur, le rock qui maintient en vie. Ils habitent dans leur camionnette à leur début (eux-aussi), et puis un bébé (aujourd’hui deux bébés), être ouvrier agricole, la cave coopérative de Lesquerde, Pascal qui souffre d’un empoisonnement aux produits chimiques qu’il utilise, le sursaut, et puis, et puis, s’installer, apprendre, reprendre des vignes, et faire du vin, du bon. Au début, Laurence et Pascal travaillent avec une oenologue, et puis après quelques millésimes seulement, elle les lâche, parce que, tout simplement, elle voit bien qu’ils ne suivent pas la track qu’elle impose.

C’est dur, parce que Lesquerde, c’est dur, les gens sont durs. C’est un tout petit village, et pourtant les gens sont fielleux, haineux, ça se tire dans les pattes, on leur fait des saloperies. C’est chaud. Mais bon. C’est des battants les Rousselin, t’as pas idée à quel point c’est des battants. Alors, voilà, ils sont installés là, il y a eu plusieurs maisons après la camionnette, plus centrales dans le village, et maintenant ils sont là, dans celle-ci, au bout d’un chemin de terre qui tourne et tombe à pic depuis la route, et j’ai eu bien du mal à remonter d’ailleurs, c’était galère j’arrêtais pas de caler. Ils ont mis une piscine, tu sais ces grands bacs souples hors de terre, à peine j’arrivais chez eux mercredi soir, je leur faisais la bise, je débarquais tout juste, y’avait des vieux ceps de vignes qui brûlaient, devenir braises, devenir barbecue, ils m’attendaient, je les connaissais un peu déjà, de mon passé, des salons, et ils m’ont dit, vas-y, si tu veux, baigne-toi, ça va te rafraîchir, c’est vrai qu’il faisait chaud dis, et on ne me l’a pas dit deux fois, j’ai enfilé mon maillot de bain en deux-deux entre les portières de ma voiture, et c’est les yeux brillants incandescents sous les regards amusés de mes hôtes que je m’exclamais au premier balbutiement de brasse, oh putain que c’est bon. Voilà, on pouvait commencer à prendre l’apéro.

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On a bu le muscat, c’est un brut de cuve, Laurence sent un goût de levure à la fin, moi non, je trouve ça pur, je trouve ça raisin, je trouve ça frais, sur la chair du fruit, brugnon, ou poire, je trouve ça vachement bon. On discute, et puis Pascal en oublie la viande sur les braises, et puis ça flambe. Merde, c’est bien calciné. Moi je m’en fous, j’aime bien la viande calcinée. Ce ptit goût de charbon. Une salade de lentilles, et des feuilles de salades cueillies dans le jardin à la minute. Il est incroyable leur potager. Y’a des trucs, c’est la surprise, ils ont rien planté, c’est le compost qu’a engendré tout ça, alors y’a des citrouilles, salades, betteraves, courgettes, tomates, de tout, il est grand et beau ce potager. Ils ont même la valériane qu’ils utilisent pour les vignes, et de la consoude. Le Rendez-vous 100% grenache est tout rond comme un grain de raisin, velouté, soyeux, facile, des fruits tout noirs, trop bon avec la viande, qu’elle soit calcinée, ou non. 

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Laurence est tendue en ce moment. C’est difficile. Elle se réveille crispée et fatiguée le matin, la mâchoire tendue. Avec toute cette pluie, y’a du mildiou partout, c’est la première fois que ça arrive un truc comme ça, une année comme ça. Mais Pascal semble plus confiant, plus optimiste. Avec le vent et le chaud, là, ça sèche. Regarde, quand c’est marron ou rouge comme ça, c’est que c’est en train de sécher, et puis tant que c’est pas sur la grappe, c’est bon. Pascal, il est parti traiter à 22h le soir quand je suis arrivée. Y’avait pas de vent. Et puis je l’ai entendu revenir à 00H08. Et il a traité de nouveau le matin à 7h. Je l’ai entendu partir. On marchait dans la montagne avec Laurence, et de loin, on a vu un genre de fumée blanche sous le village, au-dessus du vert, c’était le nuage de soufre que Pascal soufflait dans la parcelle qu’ils ont à cet endroit-là. Voilà, c’est pour ça que finalement on n’a pas travaillé dans les vignes Laurence et moi ce matin-là. Je ferai de l’administratif et de la compta tout à l’heure elle a dit, c’était bien que tu sois là, ça m’a changé de mon quotidien, ça m’a changé les idées, elle a dit aussi. Ça m’a fait plaisir. 

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Oui, on s’est levé tôt pour aller marcher dans la montagne au-dessus, c’est là qu’ils sont allés le 13 novembre après les attentats, trouver la paix, loin de tout, loin du flux. Il est à peine 8h et il fait déjà très chaud. Les deux chiennes se suivent. Laurence me montre les plantes, l’immortelle, le genêt, et je me dis que les plantes sont une source de savoir et de sagesse ébouriffante, le millepertuis, les asperges sauvages, il y a des traces de sangliers un peu partout, la nuit ça doit être la folie t’sais. Avant c’était des mines. Regarde, ça c’est du fer.

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Là, c’est le chai. "Ce grand pressoir, quand on l’utilisait avec les vendangeurs, on avait mis une musique qui pulse parce qu’il nous fallait de l’énergie, et c’est comme ça qu’est née la cuvée rock’n’rousselin". Les vendangeurs quand ils viennent, c’est les mêmes chaque année, ils se garent là, devant, avec leurs camions, une toile entre deux pour faire un abri, un bout de terre pour la pétanque, la musique, c’est super sympa. Dans un coin du chai, les bouteilles d’huiles essentielles, tea tree, lavandin, orange, "on teste, c’est la première fois qu’on essaie, on verra bien".

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Avancer, sans savoir, faire confiance, y croire, c’est ça le bio, c’est ça la nature. Laurence ne veut pas entendre les histoires de mildiou de Pascal. Ça a l’air douloureux, ça l’est. Quand t’es endetté, quand c’est compliqué, tu flippes tellement. On fait un tour des vignes avant que je ne parte. Pascal est sur une parcelle, y’a du carignan, du grenache, de la syrah, et du macabeu. Dans la poche de son short, une radio ou peut-être son portable qui balance un son grésillant, un peu, du rock bien sûr, ça te donne la banane. Il fait chaud, il transpire sous son chapeau, il ne va pas tarder à s’arrêter. Il faut commencer tôt et finir tôt, sinon c’est intenable. "Tu reviens à quelle heure ? Je vais aller acheter des cigarettes à Saint-Paul". Ils s’aiment les Rousselin, c’est beau ! Increvables, ils semblent increvables, malgré les emmerdes. Parfois, quand on est dans le tunnel, tout noir, bien noir, trop noir, on perd tout de vue, et ça m’est arrivé, et aujourd’hui où je perçois la lumière, parfois, j’ai envie de le dire, de le donner, regarde tout au fond, la lueur, la bougie, elle existe, patience, force, solidité, confiance, et c’est toujours tellement plus facile à dire, je le sais. Pourtant, c’est ça que je sens, là, avec eux, leur simplicité, l’étoile dans le regard, c’est là que ça brille, dans leur amour, leur union, leur famille, leurs échecs, leur rêves, leur action, tous les jours, cette énergie qu’ils mettent dans chacun de leurs gestes, c’est là, que c’est important, dans l’intention, la beauté de ce qu’ils dessinent, tous les jours. Je sais, je sais, c’est facile d’écrire, de dire, mais peut-être que ça aide dans l’action ensuite. J’espère. 

Y’a un accent du sud, chez Laurence surtout, mais Pascal aussi, juste un peu moins fort, l’accent du sud que j’aime, celui qui dit, qui ne tourne pas autour du pot, l’accent franc, le franc parler, j’aime ça. Du soleil, qui grille, qui tape, qui échauffe, qui fatigue parfois. Rire avec les dents. Prendre le petit-déjeuner sous un soleil qui commence à briller trop fort, en peignoir, puis s’habiller, cette confiture elle est un peu trop liquide, mais c’est bien pour les yaourts, l’éclat des moments, l’éclat des minutes, l’éclat d’un échange. 

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Je traverse Maury, je m'arrête chez Roland Feuillas, le boulanger de Cucugnan, je me baigne dans une rivière, et je reprends la route.  

 
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