Domaine Coquelicot : Grégoire, ver(re)s de poésie en Périgord

Domaine Coquelicot : Grégoire, ver(re)s de poésie en Périgord

Lumière estivale dans les rues qui mènent à Carsac-de-Gurson ce matin-là. Du jaune et de l'orange, ça brûle déjà un peu, c’est doux et tiède, ça va chauffer aujourd’hui. 

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Domaine Coquelicot

Grégoire m’attend devant chez lui. La peau légèrement tannée, le cheveux libre, il est enlacé dans un sweat bleu marine, dont se dégage de la manche, un bout de main de vigneron tenant une cigarette du bout des doigts. Regard brillant incandescent des premiers rayons de soleil. Salut ! Tu veux un café ?

Dans sa maison, il y a des cheminées immenses, et une grande table d'hôtes en bois. C’est une vieille maison en pierres, un peu sombre à l’intérieur, le genre de maison dont on laisse toujours la porte ouverte en été. Il a façonné lui-même la terrasse. Ce soir, on y mettra une guirlande lumineuse, on installera une table, on alignera des asperges blanches et des sardines sur la plaque brûlante de la plancha, on boira des canons,  on rira, on profitera de la douceur et du goût de ces premières soirées d’été qu’on n’oublie jamais. 

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Grégoire Rousseau Domaine Coquelicot

Café chaud, tabac tiède. Faire connaissance. 

Ça fait 10 ans le domaine Coquelicot. Mais le vin, c’est de toujours. « Je ne sais faire que ça » il a étouffé dans un sous-rire. C’est un métier de passion, qu’on adore autant qu’on déteste, pour tout ce qu’il nous donne et tout ce qu’il nous enlève. 

« Parfois je peux passer trois jours sans parler à personne, puis c’est le week-end, il y a un salon, et là, il y a des centaines de personnes » 

C’est brutal. 

C’était difficile 2017. Le gel, puis la grêle. C’était dur. 

Il y a quelque chose comme une légère affliction chez Grégoire, une espèce de mélancolie, une lourdeur dans le regard et sur les épaules, un genre d'amertume bourrée de sagesse. Et pourtant ses yeux bleu clair pétillent. Passion ? Vie ? Grisante, galvanisante et âcre.

Chai Coquelicot
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Ses vignes sont éparpillées un peu partout autour de la maison, et puis il y en a d'autres plus loin. Ici, il y a le chai, là-bas les quelques fûts d’élevage, et là, les ânes. 

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« On va tailler ? » Grégoire me file un sécateur, me montre, m’explique. Couper juste au-dessus du petit piquet, garder 3 yeux verts. Ça a l’air facile, mais j’ai toujours peur de condamner les bourgeons qu’il ne faudrait pas, tailler trop long, ou trop court. La modestie du débutant face à la plante. La peur de tout niquer quoi. Il m’avoue qu’il vérifie un peu discrètement derrière moi.

Certain(e)s vigneron(ne)s parlent peu de leurs vins, les commentent peu. Comme s’ils n’avaient rien à dire ou qu’ils les laissaient parler d’eux-mêmes. « Voilà ». Sentir, goûter, aimer ou pas. Ce sont ces vigneron(ne)s qui je crois, ont la pudeur, la pudeur de se mettre au-derrière de leurs jus et flacons, parce qu’ils se voient eux-mêmes davantage comme ceux qui accompagnent les raisins devenant vins, plutôt que comme ceux qui créent les vins. Ils sont les interprètes de la nature. Ils amènent une plante à s’épanouir, un fruit à s’exprimer, à raconter sa terre, son histoire du millésime, et, voilà. Bien sûr, au-travers de ce travail, le vigneron imprime sa patte, mais ce serait presque par inadvertance.  

Fusain Domaine Coquelicot
Vignes domaine coquelicot
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Un midi, il fait chaud, et on se retrouve tous chez Géraldine. On fait une belle tablée, elle a préparé des poulets rôtis, des pommes de terre, et une belle salade verte. Les ânes bouffent du foin, la vie est belle, elle sonne juste. La bière, le vin des copains, puis ouvrir Fusain 2015, le vin de Grégoire. Que du merlot. Les raisins sont cueillis en légère sur-maturité, mais le sol calcaire apporte du frais, du minéral. Fraîcheur complètement folle. Un merlot aux pattes de velours, qui est comme une étreinte charnue. C’est parfois difficile d’exprimer la précision d’un équilibre. Le vin a de l’assise, il est ample. Le confort d’une confiture, le fruit sans l’exubérance du sucre, il a la douceur, l’onctuosité d’une crème, un velouté naturel, il a tout ça, et en même temps il est toute la légèreté d’une caresse qui t’effleure, il est souple, et long, et frais, et aguicheur comme un fruit que tu croques. Je te jure, c’est (…). 

Ce n’est pas que Grégoire ne parle pas beaucoup. C’est qu’il saisit la valeur du silence. C’est qu’il comprend la volubilité d’un geste et d’un regard. Et d’un vin…

Grégoire Rousseau Domaine Coquelicot

La lumière dorée du matin se mue en chaleur franche l’après-midi. Les vallons verts encerclent la maison. Les pieds de vigne se font ensevelir sous la profusion de trèfles. Et c’est bien le trèfle, ça fixe l’azote dans la terre, ça enrichit le sol. 

J’ai l’impression d’être avalée par le grand ciel bleu. C’est parce que Carsac-de-Gurson est un peu sur-élevé. Un sentiment de globe au-dessus de la tête.

Finalement, on a plus parlé de vie que de vin avec Grégoire.

Grégoire Rousseau Domaine Coquelicot

Sous sa casquette, il est comme un poète Grégoire. Et la poésie, il aime ça, il peut déclamer des vers entre deux ceps, parler de ses voyages, de ses expériences, parler de la vie. 

Grégoire Rousseau Coquelicot

Accroupi devant ses vignes, il paraît recueilli.

 
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