Clos du Jaugueyron : cette sagesse bordelaise

Clos du Jaugueyron : cette sagesse bordelaise

C’est au coeur de la forêt d’Arsac, bien à l’abri, que Michel et Stéphanie créent leurs vins, dans un chai couvert d’un chapeau de bois. C’est là aussi qu’ils vivent, dans leur maison comme une cabane, en plus moderne. 

maison clos jaugueyron arsac.jpeg
Chai clos du jaugueyron

Du bois… comme une structure invisible qui semble se fondre dans le décor… 

Il y a des synergies qui se créent au hasard de la vie.

Comme ces bâtisses de bois que l’on oublie, que l’on occulte presque, parce qu’elles s’intègrent naturellement à l’environnement, qu’elles ne sont que la vibration d’une note juste, qui vient jouer à l’unisson avec la nature, le bois dans les vins du Clos du Jaugueyron n’est qu’une subtilité, un accord qui vient à peine ponctuer le breuvage, à la manière d’un accent sur un mot, ou d’une pincée de sel dans un gâteau.

Le bois doit être délicat, fondu au vin, complètement intégré et donc très légèrement perceptible. Voilà la trame d’un fût de chêne qui fait son job, il me semble. À la façon du « tu me vois, tu me vois plus, tu me vois, tu me vois un peu, tu me vois plus » (petit clin d'oeil...), j’aime que le bois joue à cache-cache.

 L'étiquette du Noot dit 2015, mais c'est bien un 2014, c'est seulement que ce n'est pas une étiquette officielle  

L'étiquette du Noot dit 2015, mais c'est bien un 2014, c'est seulement que ce n'est pas une étiquette officielle 

Sur la terrasse en bois (et oui !), Stéphanie me fait déguster deux vins. Le Haut-médoc 2015 et le Margaux 2014. Il est onze heures, il y a une belle lumière printanière à Arsac, il fait bon, le chien sautille un peu partout. « Elle chasse ? On a des chevreuils qui viennent tous les jours ». Stéphanie transpire de cette paix qu’on ne peut trouver que là, entre les arbres. Il se dégage une espèce d’harmonie souriante.

Michel et Stéphanie se sont rencontrés à Blanquefort, elle, les lettres et les langues, lui, le vin, et ensemble l’amour de la nature. Ils ont constitué leur domaine de moins de 10 hectares petit à petit, entre Haut-Médoc, et Margaux, des parcelles ici et là, jusqu’à Macau. 

Leurs vins sont bluffants. Stéphanie me raconte. Elle me raconte leur rencontre, leur histoire, leur façon de vivre, de travailler, elle me parle d’Arsac, de Bordeaux, de leur fils, de l’éducation, de Londres où ils exportent, de la ville, de la campagne, des abeilles, du chai, des cabernets, des cuves, des millésimes, des succès, des difficultés, de comment ils font les vins, comment ils expérimentent. Elle me raconte. 

Elle me donne des éléments, des outils, des clefs, comme ça lui vient, en simplicité, au fil de notre échange, elle me transmet, pour que je comprenne, que je saisisse, ce qu’ils sont et ce qu’ils font.

Une rencontre, c’est ça, une conversation, qui laisse des impressions, des ressentis, des émotions diffuses, que l’intelligence saura ensuite comprendre, car l’intelligence sait relier entre eux les éléments et en faire émerger un sens. Et petit à petit, j’apprends à tisser dans ma tête une idée plus fine du travail qu’ils font, de leur éthique, de leur façon de vivre, de leur personnalité. 

Stephanie chai

Sagesse, simplicité, finesse

Les vins naissent de la biodynamie. Au Clos de Jaugueyron, on croit à l’interdépendance de tous les éléments de la vie donc de la nature, on croit à ces choses qui semblent être une évidence pour certains, et en dépasser d’autres : forces cosmiques, forces terrestres, rythmes lunaires… La biodynamie a son propre calendrier, ses procédés, sa charte, qui repose avant tout sur une idée d’harmonie naturelle de l’ordre du monde, oui rien que ça. Ainsi, produire correctement, ce n’est (presque) plus qu’une question de timing, de bonne compréhension des règles du vivant, d’une bonne connaissance des règles naturelles, de l’environnement, du système vivant qui nous entoure et auquel nous appartenons, et au fond, c’est, du bon sens.

Philosophie de vie. Le respect des sols, le respect des vignes, leur apporter ce dont elles ont besoin au moment où elles en ont besoin, réunir les éléments nécessaires pour que les ceps donnent de bons raisins, sains, chargés d’informations du temps, du lieu, du déroulé d’un millésime. Michel accompagne, il va avec, se branche sur l’équilibre de la vigne, et l’amène au fruit. Protéger sans asphyxier, laisser de l’espace sans délaisser. C’est une relation vivante. 

Être au bon endroit, au bon moment, c’est un peu ça le travail finalement. Il faut observer avec bienveillance. Stéphanie parle avec douceur.

chai

Au chai, c’est soigné, soigneux, impeccable. Levures indigènes, à peine de sulfites. Ils décident ensemble de leurs assemblages à chaque millésime, ils dégustent et décident des mariages, des destinées des jus, ils donnent leur personnalité à ces futurs vins.  

Le Margaux 2014 est un mirage. J’ai peu goûté de choses si délicates. On dirait un Bourgogne, un pinot noir... Une finesse... Une main de jeune fille glissée dans un gant de soie, une fraise fraîche, la chair de la cerise, et une rondeur cacao, grain de café. Sublime. 

Le Haut Médoc 2015 est très pur, très ouvert, il parle. Fruits rouges et cacao aussi. C’est une beauté simplement naturelle, une grandeur qui s’éprouve, se ressent, se transmet…

Cuve Elmer

C’est un beau métier…

Ils ont installé des ruches autour de chez eux. Ils ont observé et appris la vie des abeilles, leur organisation, ils leur ont donné un abris. Les abeilles butinent les châtaigniers alentours, les acacias, la bourdaine. Stéphanie et Michel récoltent le miel, consommation personnelle uniquement. Je goûte le miel ambré qui n’a pas cristallisé, c’est bon, ça a du caractère, et surtout, c’est le miel d’ici. Et la satisfaction de consommer ce que l’on a produit, c’est… immense.

Les grands vins naissent d’une sensibilité particulière. Il faut de l’humilité face à la nature, qui permet d’avoir une écoute très fine, une compréhension de la vie, et beaucoup de sagesse. Il faut des convictions, autant que de remises en question. Il faut de l’amour et de la bienveillance. Il faut beaucoup de travail, du courage, de la confiance, du lâcher-prise. 

Car c’est ça travailler bio, ou naturellement, c’est former une équipe avec la nature, créer un échange. La main de l’homme observe, intègre, accompagne, créé avec la nature, et la nature lui donne en offrande - aléas mis de côté - des grands Margaux, et des grands Haut-Médoc. 

 
Domaine de l'Île Rouge : Antonin, terre, mer, merlot

Domaine de l'Île Rouge : Antonin, terre, mer, merlot

Closeries des Moussis : Pascale, Laurence, Jumpa

Closeries des Moussis : Pascale, Laurence, Jumpa