Julien et son château Brandeau new wave

Julien et son château Brandeau new wave

Ah Julien ! 

Par où commencer ? 

Sa façon d'accueillir peut-être. 

Château Brandeau

Il m'a reçue une première fois, sous des torrents d'eau dont se délestait le ciel castillonnais, il m'a montré du doigt : les bois au loin qui encerclent ses vignes, les deux chevaux, les haies. Entre deux averses, il m'a demandé quelle était ma pointure, m'a tendu une paire de bottes qui traînait, et m'a emmenée voir la parcelle un peu plus loin.

Julien Voogt Brandeau

À ce moment-là on entrevoyait à peine de minuscules yeux verts sur les troncs, et c'était la gadoue partout. Il m'a expliqué son sol fait d'argiles et de calcaire, l'herbe naturellement installée entre les rangs et les céréales qu'il y a semées, le tout composant un sol vivant, ce qui permet de nourrir la vigne avec plein de bonnes choses, et donc de donner de bons fruits. Et avoir de bons fruits, pour faire de bons vins, c'est... assez important. 

Julien, ce jour-là il m'a dit "reviens quand tu veux, viens manger avec nous !". Résultat, une semaine plus tard, je revenais, et je restai là 4 jours. 

La claque que je prends, au-travers de toutes ces rencontres vino-naturalistes, c'est cette aisance d'être, cette façon de recevoir et d'accueillir l'autre, quel qu'il soit, d'où qu'il vienne, quoi qu'il fasse. On m'a appelée Pauline la blogueuse outchhhh le gros mot, et on m'a quand même accueillie à bras et coeur grands ouverts. C'est dire. 

Julien Voogt Brandeau

Julien, il a une sincérité spéciale qui frétille sous ses lunettes rondes. Il s'adresse à ceux qui l'entourent avec l'appétit avide de découvrir, une curiosité droite et franche, accompagnée de gestes ronds, et de mots chauds. Et d'un accent belge chantant ! Des voyages, il en a fait beaucoup, il a bourlingué, et ça l'a étoffé. Ça lui a donné cette ouverture et largesse d'esprit, cette avenance, et c'est comme s'il continuait de se nourrir des autres en faisant du woofing - gîte et couvert en échange d'un coup de main-d'oeuvre. Là ils étaient 4 : Claudia, Paul, Cameron, Raquel. 4 nationalités différentes, sans compter celle de Julien et la mienne. Donc, 6. Six histoires, personnalités, points de vue, expériences, six caractères, qui se rencontrent et échangent. Gros effet wa-ou. 6, ça fait beaucoup d'émulation. Parfois, ce n'est pas évident à gérer dit Julien, mais c'est riche, il dit aussi, contemplatif. Je le crois. 

Julien & Cameron Brandeau

4 jours de soleil tapant. Comme un été un peu précoce a fait éclore la vigne à la vitesse de la lumière. "Tu donnes beaucoup d'eau à une plante, puis beaucoup de soleil, il n'y a pas de secret, ça pousse". Avant que ses 9 hectares ne sortent trop les feuilles, on a vérifié la solidité des piquets, descendu les fils pour qu'ils puissent supporter la vigne, on a éliminé les derniers bois, et attaché sur les dernières parcelles les astes aux fils. Épurer, fignoler, checker, pour que la plante puisse se concentrer entièrement sur ses futures feuilles et fruits, et lui donner une bonne direction, une bonne impulsion dans la pousse. Voilà le job. 

Ces premiers jours d'été avant l'heure fondent comme un bonbon sous la langue. Monet aurait pu être l'auteur des verts qui commencent à habiller la nature, et Mozart aurait pu orchestrer les cris des oiseaux, tellement c'est beau. Sans prévenir, on se met à marcher pieds nus dehors, on s'enfonce des cailloux ronds dans la plante des pieds, on se dépouille d'habits, nus comme des vers, on brûle sous les rayons du Phébus, et on se fait attaquer par tous les insectes du coin. Et puis, finalement on se laisse dévorer. Soudainement, on lâche prise, on s'abandonne, on laisse tout aller, et on observe. C'est bon d'être là.

Matin, midi, et soir, notre communauté Brandeau s'attable ensemble. Douceur et gueule de bois, fatigue feutrée par la chaleur assoiffante, et joie. 

Brandeau

Les vins Brandeau ont été goûtés, re-goûtés, et re-re-goûtés. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à accoler à Julien et Brandeau, ce drôle de mot château qui me semble trop désuet et connoté comparé au travail et à la personnalité du lieu. Mais soit. Château Brandeau, parlons peu parlons canons. Des jus de merlot et de cabernet franc très épanouis. Quoi ? Ça veut rien dire jus épanouis ? Si. Ça veut dire que c'est rond, doux, ça s'étend, s'étire, se languit longtemps entre la langue et le palais, ça veut dire que ça fruite avant toute chose, que c'est élégant et enveloppant. Les cabernets francs sont mûrs. Oui, c'est rare. Très peu de tannins, pas de fût lourd. Voilà. Le fruit d'abord (c'est important), une trame réglissée ensuite. Les 2015 sont grillés, confiturés et en même temps super frais. Le peu de 2017 (peu car en 2017 presque tout a gelé) dort en fût. Petit Brandeau, Château Brandeau, Joue franc jeu, Les barriques d'Alice... Alice, qui est une petite princesse aux lunettes roses. Voilà des canons, canons, Julien.

Vigneron heureux, il l'est, il le semble, il le dit, il fait ce qu'il aime, et il aime ce qu'il fait. 2015 c'était son premier millésime. Encore à ses débuts, il a cette saine humilité, cette aptitude à questionner son travail, et les autres sur son travail, il a plein de projets, il a installé une ruche dans son bois juste avant que je parte. C'est un mec cool Julien ! Et il dit toujours "c'est chouette ça non ?" avec un sourire tout âme.

Brandeau

J'ai quitté Brandeau un pincement au coeur. Rougie par le soleil, touchée par cette joyeuse communauté dont j'ai partagé le quotidien. Quatre jours bien denses, qui font perdre la notion du temps, si pleins qu'ils passent si vite mais qu'il semblent une éternité. Ma sueur s'est comme changé en merlot et cabernet franc. 

I will be back MERCI

 
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