Closeries des Moussis : Pascale, Laurence, Jumpa

Closeries des Moussis : Pascale, Laurence, Jumpa

Jumpa foule la terre avec ses sabots à franges. Cadence, élégance, sa crinière se balance, et la terre se retourne, se fait balayer, renverser, entre les rangs de vignes, encore à l’état-tronc, en cette fin du mois de mars.

À Closeries des moussis, le rendez-vous se fait comptine, j’ai rejoint Laurence sur la parcelle faisant face au château Sénéjac, elle vient de finir de décavaillonner avec le magnifique Jumpa. Elle m’attend. Décavaillonner ou tirer les cavaillons, c’est aérer la terre, la labourer, en prévision du moment où la vigne va débourrer. Et le débourrement, c’est ce moment auquel les bourgeons vont sortir.

Bourgeons

Comme de minuscules pointes vertes et roses qui viennent habiller les pieds de vignes encore nus de l’hivers. La renaissance, le printemps, la vie reprend, la vigne endormie se réveille, ouvre de petits yeux colorés, les bourgeons. La température s’adoucit, plus clémente, elle vient dérider la nature, qui enfin, laisse revenir la sève à la surface de la terre, et titiller nos sens. Oui, nous aussi, apaisés par le jour qui s’étire, nous délaissons progressivement nos pelures d’oignons, nous décrispons nos sourires, nous attendrissons nos gestes, rassurés, dénervés, nous laissons tomber les armes. Tranquilisons-nous, contentons-nous enfin, laissons-nous amadouer par la caresse d’un vent plus tempéré, laissons-nous aller, renaissons avec de nouvelles idées, envies, désirs, ambitions. C’est le printemps. 

Etanchons nos soifs, avec ces sauvignons, merlots, cabernets, qui ne ressemblent à aucun autre du coin. Ils sont sur le fruit. Oui, sur le fruit, c’est-à-dire que ça ne va pas aller s’éparpiller au-travers d’arômes trop complexes. Là c’est des vins sans trop d’extraction, avec une espèce de légèreté fruitée, une gourmandise un peu croquante, crac. De la maturité oui, on retrouve des raisins bien mûrs dans les vins de Laurence et Pascale mais balancés par beaucoup de fraîcheur. C’est pas de la confiotte quoi ! C’est délicatement mûr, des grains de raisin juteux. Typiquement, le sauvignon de Gisèle, pas question de l’oublier au soleil : on va vraiment chercher une belle acidité, une vivacité qui prend sur les bords des deux joues, et pas un sauvignon pâteux, floral, exubérant. Avant de goûter Gisèle, j’étais pas très sauvignon moi. 

Pas de brutalité dans les vinif’, un chouïa de soufre, un peu de pigeage pour une concentration très délicate et légère, qui donnera cette buvabilité très glou-glou-glou, et pas de remontage à la pompe, c’est trop violent me dit Laurence. Du grand fût de 400 litres pour que le vin soit moins en contact avec le bois, et que la patte barrique soit peu marquée, plus subtile. Bref, de la douceur, encore de la douceur !

 
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