Valentin Morel décuve le savagnin. Je goûte

Valentin Morel décuve le savagnin. Je goûte

Il est en train de décuver le savagnin, ça s’écoule à grosses gouttes, ce jaune ocre, opaque, ça sent la fleur et le fruit du savagnin, ça a surtout le goût de la fermentation, c’est pas fini, il dit, pas encore, c’est pas encore du vin, il a macéré, il commence seulement à se former, à se faire. Il rit alors qu’il hisse une cuve au-dessus d’une autre, à l’aide d’une machine qui surélève, pour manipuler par gravité, "on s’amuse, tu vois, on teste, on fait du bricolage, finalement c’est que ça faire du vin, verser d’un contenant à l’autre, il suffit de pas trop se gourer dans les contenants, pas mettre du blanc dans du rouge ou un truc comme ça », et puis tous les deux on se ravise de cette phrase tout juste prononcée, oui, parce que souvent le génie naît d’erreurs… Valentin a repris en 2014 le domaine Les Pieds sur Terre créé par son Papa, et travaillé en bio depuis 99, « mais mon père il faisait des vins très classiques quoi, c’est moi qui ai donné le tournant nature, j’ai fait des rencontres marquantes qui m’ont permis d’avancer vers ça, le nature ». Il a appris sur le tas, mais il a quand même fait un BTS viti-oeno, il a 30 ans.

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Le pet nat vient me déchausser les dents, me glacer les gencives, le chardo fait saliver avec des bulles dissipées, dissidentes, des bulles. Les trouillots, fraîcheur, acidité qui dure longtemps dans la bouche. S’en aller au chai, s’assurer que tout va bien, il est un peu occupé, j’essaie de goûter vite, efficace. Le pinot noir en cuve n’a pas goût au pinot noir, il est très foncé, la couleur, on dirait presque un grenache « il est fou ce pinot noir, y a une semaine on aurait dit un vin conventionnel, avec des copeaux, putassier, vulgaire, puis là il revient lentement, mais c’est super atypique » mais c’est très bon. J’aurais dit qu’il reste du sucre tellement il y a de la matière.

« Tiens ça c’est le poulsard, y a un peu de réduction, mais le poulsard, c’est comme ça, et, de toute façon, s’il n’y a pas de réduction, c’est que c’est pas un poulsard »

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Valentin, il aime bien travailler les blancs en macération, ça donne une aromatique, une matière, plus poussée, c’est là qu’il s’éclate, plus qu’avec le vin jaune, ou cette recherche absolue de l’oxydatif. Il me fait goûter celui de son père. Il avait essayé d’en faire une fois du jaune, mais c’est parti en volatile, c’est pas évident, parce que le vin jaune c’est 6 ans et 3 mois minimum en fût, et quand tu travailles en nature, ça fait beaucoup d’occasions de vriller, alors il l’a mis en bouteille au bout de deux ans. Il ré-essaiera.

Vin de paille, des raisins qu’on vendange et qu’on passerille, c’est-à-dire qu’on laisse sécher 3 mois dans des cagettes, sur paille, à l’abri, regarde, juste là, et puis on presse, tous cépages mélangés, même du rouge et du blanc, chardo, savagnin, poulsard, trousseau.

Et mac vin, mais c’est quoi le mac vin ? Du jus de raisin auquel on ajoute de l’eau-de-vie de marc, ça titre à 17° ou 18°, c’est floral, un peu sucré, mais frais, et fort, et tu sais, c’est bon, c’est sympa, à l’apéro, ou pour le dessert.

 
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