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Prendre le temps de regarder dans le vide et de s’assoupir, le corps lourd, je ne sais pas ce qui pèse le plus, l’excès, la fatigue, les doutes, l’errance, le manque, ces sensations, soit éphémères comme le contre-coup après des moments très ou trop pleins, très riches, intenses, l’ascenseur émotionnel, soit ancrées en moi depuis longtemps, et qui ressortent dans ce genre de moments où je me sens plus vulnérable. Suspendu, moi, le temps, comme ça, ces journées, qu’on veut juste qu’elles passent, ni vite, ni lentement, ça n’arrive pas souvent, parce qu’on court toujours après le temps, on veut toujours en modifier la perception, le ressenti, l’étirer ou tout accélérer, non là j’ai juste regardé le temps défiler et ça m’allait bien comme ça. De la communion à la solitude, multiple à un, trop à rien, sans transition, je me presque étouffe, je tousse, tout ce qui survient, me surprend, m’attrape, me piège, m’envoûte, et je balbutie mes pas, ne sachant trop s’il faut tout laisser aller, tout lâcher, s’abandonner, arrêter de mentaliser, ou s’il faut retenir un peu et se méfier, j’hésite et trébuche, ce souci encore trop lourd du regard des autres, jugeant et incisif et douloureux quand on voudrait l’impossible, être aimé de tout le monde. Y a une entièreté, une pureté ou bien plutôt une brutalité des émotions en moi, qui impétueusement est, comme des pulsions vives, et je trouve ça difficile de feindre, d’amoindrir, de n’être pas tout le temps complètement spontané, même si je sais que c’est un juste milieu, pour éviter que ce soit trop cru, trop loin du vivre ensemble. En l’écrivant ça devient évident, c’est simplement du regard des autres dont il faut s’affranchir, s’en foutre un peu, et se donner le défi, chaque jour, chaque soir, à chaque instant, d’être le plus proche possible de ce que l’on est dedans ou de comme on se sent, la plus fidèle expression de soi, spontanée, vraie, brute, bienveillante et toujours respectueuse, et y a que comme ça que ça brille. Maintenant je sais aussi que quand je pars toute seule dans la montagne, me réfugier, je veux me protéger, me préserver, sûrement fuir un peu, et me ranger à l’abri, dans ma coquille, se cacher un peu, au fond je le savais déjà, mais maintenant davantage, trouver enfin l’espace, l’air, le silence, être enfin là et moi, loin de tout ce qui sinue, tourne, brasse ce qui n’existe pas vraiment pour remplir un gouffre qui n’a pas de sens visible, loin d’un genre d’absurdité, ici où je suis plus concentrée, moins distraite, moins absorbée ailleurs et dans autre chose, moins détournée, plus à l’écoute de moi-même et de tout ce qu’il y a autour de moi, cette gymnastique qui fait que j’ai le sentiment que tout ce qui m’entoure, l’environnement direct, est à l’intérieur de moi, alors toutes les préoccupations, le souci, toute la représentation, qui m’habite quand je suis en bas, ça n’existe plus. C’est tellement calme là, tellement simple, la sobriété heureuse et désirée, quand la frugalité te comble alors que l’abondance te frustre, tiraillante, je trouve une paix immense là-haut, une fluidité de vie que j’avais jamais su imaginer, une évidence, une force aussi, dedans et dehors, l’harmonie verticale, la clarté dans ma tête, dans mon corps, oui c’est ça, comme une acuité de l’esprit. Pourtant je sais qu’il vient toujours le moment où il faut redescendre, et que ça sonne juste, parce que cette paix-là toute seule en haut, elle ne peut trouver de sens que lorsqu’elle se partage, se diffuse, elle doit s’incarner, sinon elle est aussi inepte et décousue que tout ce qui se joue et se simule grossièrement, ces gazouillis de société qui ne rassurent que l’égo. Chercher l’équilibre, le dialogue entre en haut et en bas, toi et moi, moi et les autres, je et ça, ma raison et mon intuition, le bruit et la lucidité, et oser y aller.

Brut de cuve

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