Château perché : Eat, sleep, rave, repeat

Château perché : Eat, sleep, rave, repeat

La fluidité des bras dans l’air, cette docilité des mains aux doigts écartés qui brassent le vent, les poignets en cadence, qui se remuent, suivent les battements des basses, ces grands boum qui résonnent dans les estomacs vides, légers, les corps souples, bouger, maniables, la ductilité, ça grésille dans les oreilles, sous les arbres immenses, à l’ombre, sous l’abri des feuilles qui tremblent, l’énergie du groupe, la bière déborde des verres, les rires éclatent, les paroles naissent sur les lèvres qui balbutient aux voisins inconnus, s’échappent, puis volent, lient, relient des voisins désormais familiers, parfois l’absurdité couvre la musique, parfois l’incohérence rassemble, cette masse, ce flot d’humains sonnés, sonnant, sonnent, et l’espace, vaste terrain de jeu, devient le lieu, l’endroit du lien, de la rencontre, entre toi et moi, entre vous, entre eux, entre nous. 

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Sous la lumière du jour, les paillettes scintillent, sur les joues, les barbes très longues, autour des yeux, des strass parfois, dans les cheveux, lâches, laqués, libres ou domestiqués, des paillettes sur les corps aussi, les habits, les parapluies, les chapeaux, des corps entiers peints, en vert, en bleu, au pinceau, au crayon, de la dentelle sur les robes. Elles sont frivoles les tenues, joyeuses, uniques, confortables, ou pas, des kimonos, à n’en plus finir, des maillots de bain, des mecs en slip, des nanas en culotte, des torses nus, des seins à l’air, libre-s, petits et ronds, grands ovales, bouger acidulé sur la mélodie énigmatique, aigüe, puis grave, les mains en l’air, encore, se laisser porter, tout lâcher, il faut fermer les yeux parfois, sentir les étoiles te toucher, te caresser. Il fait chaud le jour, sous la tente, la toile rend amorphe, asséché, assoiffé, sale, étendu en ta langueur, dans ta longueur, les bras ballants, écartés, s’endormir, profond, vide, sans énergie, t’as tout donné. Plus la force de rire, de parler, de communiquer, s’abandonner, sans besoin, ni nécessité, attendre. 

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Le train te drague, la musique redémarre, doucement, bas le tempo, doucement, te narguer, t’emporter, t’embarquer, sous le nez, se laisser aller, à recommencer, l’énergie te nourrit, à nouveau, lentement, ça coule dans tes veines, tu veux encore, danser, encore, bouger, te remuer, kiffer, putain, c’est bon de se laisser entraîner, encore des costumes, délirants, trop marrants, des gens aux yeux fous, aux sourires purs, encore des chapeaux, des plumes, des maquillages, encore, la basse qui tape, chaude, froide, tiède, rapide, lente, qui te débauche, te déclenche, t’enveloppe, ça y est, t’es chaud, encore, allez. Ça racle, frotte, effleure, le son sourd, le son plein, lourd, aérien, cette musique, se balancer, s'envoyer. Et, marcher, se perdre, autour du château, sous la coupole lumineuse, dans les chemins de clairière, mettre du sable sur la pisse dans les toilettes sèches, il fait sombre, les corps automatiques, s’égarer, manger, les crêpes, les frites, ça sent la cigarette, la vue sur la bâtisse illuminée, les gens courent et sautent dans la grande allée, boire de l’eau au bidon, errer, s’assoir, regarder, observer, le rythme, la force, les types allongés à terre, la nuit intense, les lumières colorées, les formes, le son puissant, partager dans le froid glacial de la nuit, deux pulls sur ton costume délicat, continuer d’aller, t’écouter, voir, et percer, toutes ces couleurs, la-la-la, qu’on est bien… Tes hanches, d’un côté, de l’autre, au sol, au ciel, aveuglé. Les torses doux-nus des hommes, les danses mystérieuses, habitées, le message, divaguer, comprendre, puis se reposer. 

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C’est beau la liberté, la jeunesse folle, éveillée, réveillée, animée, engagée, parfois bête, parfois brillante, c’est magnifique, les oiseaux colorés qui volent, qui dansent, qui profitent, qui saisissent, attrapent l’instant, le moment charmant. 

Eat, sleep, rave, repeat. Ce truc un peu incisif, un peu fou, décalé, hors du monde, de la convention, ce truc un peu sale, au fond, ce bruit, là, ce truc d’affranchi, qui vient pomper tes tripes, tellement tu vas haut sur la pyramide du kiff, on s’en fout, tu sais, c’est trop bon, plus d’horaire, plus de besoin, de commandement, plus d’limites, tu es. 

Et quand il faut rentrer, redescendre, se ré-axer sur la réalité, l’ouïe encore brouillée par le son du plaisir, difficile, impératif, précieux, revenir, se lover alors dans les images, les résidus, ce qui continue de résonner, les souvenirs, petits bonheurs de la vie, et se satisfaire, être heureux, contenté. 

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