Contrainte et forcée

Contrainte et forcée

C’est l’effet d’une grosse grêle sur la fleur naissante, ça s’appelle courroie de distribution. T’as même pas envie de savoir combien ça coûte. J’aimerais ne pas savoir non plus. 

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Il fait nuit, on rit, on a passé une belle journée, le barbecue à Saint-Rémy-de-Provence, la baignade au lac, on blague, que c’est bon d’être candide et insouciant. La voiture trace la route, cliquetis, cliquetas, la voiture s’éteint, entre deux platanes. 

Une nuit au bord de la départementale, attendre la remorque, une journée à téléphoner à l’assurance, à la concession d’achat, suer, 38°C, ça colle, putain ça fait que 4 mois que je l’ai cette caisse, ce mélange de colère et de légèreté, cette sensation d’être dépassée, qu’on me plante un couteau dans l’coeur, le coup tellement impromptu que je ne sens rien, qui me coupe le souffle, me laisse en arrêt. Je sais plus si je pleure ou je ris, les larmes ou la sueur, le rictus nerveux, la main automatique dans les cheveux, ma robe porte encore l’odeur des merguez grillées, du rosé glacé, mais la réalité est moins colorée, elle est rude comme le devis que tu peux pas payer, comme la voix navrée au téléphone derrière la mélodie froide des institutions, comme le sourire blasé du gars de l’accueil, qui te laisse là, seule au milieu de tes rêves, sous la pluie trempée sur l’autoroute, mettez-vous sur le côté Madame s’il vous plaît. Plus de lune, plus d’étoile, plus de soleil, vider la fourgonnette, l’abandonner au garage, se faire ramener, à la maison. La maison de qui.

Sur les cinq heures de route entre Arles et Bordeaux, dans la nuit, le barda à l’arrière, le chien sur le siège avant, j’ai eu le temps de penser et de réfléchir. Me calmer d’abord, chialer un bon coup, allez c’est que du matériel, ouais, mais ça fait chier, ça te réconforte toi ce genre de phrase quand tu dois mettre un billet que t’as pas pour continuer ? Puis, oui, philosopher, accepter, c’est comme ça, ça me réconforte pas plus, mais c’est juste comme ça. Sortie de l’émotion que je mets dans les événements, j’essaie de revenir à la sagesse de la vie. J’ai toujours pensé que chaque moment, chaque expérience, n’avait que le but de donner un enseignement. Alors, pendant cinq heures, j’ai réfléchi. J’ai réfléchi à ce que ça m’apprenait, ce que ça voulait dire. J’ai compris que j’étais si minus, subordonnée au monde matière et objet, le coup de massue sur l’égo qui croit qu’il peut tout contrôler, tout faire, invincible, ma plume, mon élan, ma curiosité affable, écrasés par la courroie de distribution, j’ai compris que tout s’écroulait en 24h. Un tas de matos horriblement limité dont dépend l’esprit. Et oui. Bon. Je me suis dit aussi, et ça c’est mon côté optimiste et philosophe, que la vie me donnait des histoires à raconter, du grain à moudre, une nouvelle occasion de grandir, qu’elle m’imposait une prise de recul, un moment de vide et de désarroi dans une grande aventure, arrête-toi un peu pour mieux repartir.

Et enfin, j'ai vraiment compris. J'ai compris que là, maintenant, mon chez moi, c'est la route. Que ça m'apaise de bouger, de regarder, de dévorer, d'avaler les kilomètres, la liberté, j'ai besoin de voler, d'appuyer sur l'accélérateur, me sentir glisser. Oui, vraiment ça me calme. Ma place dans le flot, le mouvement, l'élan, dans la rencontre, l'avenant, l'extérieur, l'espace ouvert, la curiosité, la découverte, dans ce qui embrasse, bras larges, qui embrase, ce qui remue, qu'on ne saisit pas, ce qui ne se fige jamais, ce qui tremble comme une flamme, je comprends que je veux du vent, de l'air, des fruits, des fleurs, des gens, des flamants roses, des pluies, des chaleurs, des mots, de la vie. Ça me rassure je crois de rouler, d'avancer, de sentir que oui, je peux, parcourir la distance, relier deux points, moi, seule, que l'immense n'est qu'une notion, que rien n'est trop grand, rien n'est infaisable, inapprochable, rien n'est impossible, tout est là, et je peux faire le lien, je peux. Je peux y aller, faire, voir, dire, partager, vibrer, vivre, Être.

Quand l'immobile angoisse. 

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Tout ça, voilà, retour au bercail, le retour le plus temporaire possible, je prie, j’espère, j’y crois, c’est injuste, putain, je suis en colère, je suis triste, je suis paumée dans une maison avec des murs et l’eau courante, je suis à pieds, je suis solo, je me prends la tête dans les mains, je me traîne, dégoutée, j’implore, j’essaie de faire cracher la concession automobile, j’essaie de trouver une voiture, un van, un truc qui roule, réparer, ou substituer, j’essaie de trouver une solution, vite, le plus vite possible. C’est drôle, j’ai l’impression de courir après la vigne, je me dis que merde, elle commence à colorer ses raisins, et je suis pas là, comme un gosse dont tu manquerais les premiers pas, je suis frustrée. Je vais trouver une solution. 

Se battre, mais rester humble, c'est la vie qui décide.

Et ponctuer encore par et qu'est-ce tu veux que j'te dise.

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