Sud

On dirait le sud, Nino Ferrer, c’est toi que j’ai en tête, ta chanson qui frappe les pavés de Pézenas, les pavés chauds, et les recoins encore frais épousés d’ombre, peut-être que c’est pour ça que les rues tournent, retournent, et détournent, pour laisser un peu d’air, passer, rester, stagner, un peu de frais, parce qu’il fait chaud ici, le soleil il brûle, il me tombe sur le haut du crâne, il presse l’arrondi de mes épaules, il frotte sur ma nuque, il laisse des gouttes de sueurs sous mes cheveux jaunes et blancs, qui collent, et il enveloppe tout mon corps d’une fièvre chaude, il me rend lourde, ça pèse, ça m’écrase, ça me puise, m’épuise, ça m’endort, je m’assoupis, les paupières lourdes, les jambes lourdes, les bras lourds, le chien halète, les yeux mi clos, la langue tirée, il fait putain de chaud. La lumière est franche, ce blanc-jaune, tiens, comme mes ch’veux,  elle ne cache rien, divulgue tout, éblouissante, qui rend aveugle, sans mystère, elle éclaire, tout, trop. L’encre ancrée dans mon bras, ça me fait peur, c’est trop frais, ça pourrait baver, je prie et supplie, que le soleil ne fasse pas couler. Que la fleur reste pimpante, fraîche, parfumée. 

Le sud a une musique, une musique de cinéma, ou de littérature, une musique simple et parfaite, les cigales vrombissent, ce choeur de [kss-kss] ou [x-x] enchaînés et répétés sans relâche, sans faillir, très fort, c’est ça le son du sud, ce bruit assourdissant et feutré en même temps, ce bruit de fond, qui chante, ce rythme, sous un silence léger et plein, dense et fin. Il guide dans le noir, il habite l’espace, il éclaire la nuit.

Le sud a plein d’odeurs. Plein de goûts. Les premières soirées d’été. Sur le cours Jean Jaurès, ils ont installé des tables et des bancs en bois qui se plient, c’est vendredi, c’est les estivales, la lumière avance vers l’orange, les maquillages des femmes sont plus appuyés, le rose est trop clair sur les lèvres devenues mates, le bleu est trop ciel sur les paupières, comme un souvenir de là-haut, tout là-haut, mais ce n’est pas grave. L’intonation rigole, de-maing, du v-aing, et b-aing. Il y a cette odeur dans la rue, l’odeur de la peau bronzée, l’odeur tiède, l’odeur des cheveux mouillés. Les estivales c’est la fête, c’est le week-end, c’est les vacances, il y a des chiens et des enfants, des guitares grattées, des accordéons déroulées, des voix déclamées, des groupes qui s’animent, ça chante, ça joue, ça vit, ça rit, ces poêles noires immenses de riz jaune, crevettes, moules, cuisses de poulet, merguez, la paella en fait, qui sent bon. Les stands de hot dogs font chauffer les saucisses, les brochettes grillent, les pommes-de-terre frittent, l’odeur de l’huile, les assiettes d’huîtres dont s’échappe l’iode, dégorgent de sel, le sel qui vient relever, draguer les narines emprises au parfum de grillé, ce grillé de kermesse d’été. Loin, le son vertigineux d’un clocher qui bouge, c’est tellement cliché le sud, c’est tellement bon les clichés.

Entre Pézenas et Montblanc, il n’y a pas long, quelques routes seulement qui se tracent vitres ouvertes, cheveux qui s’emmêlent, qui se tracent vite, ou doucement, sourire calme, le bon sourire serein, le sourire qui a confiance, dans ce vent de vitesse, qui unit les effluves des buissons, des arbres, les acacias, les amandiers, cette texture douce de peau d’abricot, cette couleur orange qui rougit, timide, encore du sel, plus les huîtres, non, mais la mer, qui n’est pas bien loin. Faire miennes ses routes. Habiter. Ça crépite. 

Les ronds d’épaules rouges, les châles parfumés, les rires des vendredis soirs. Les villages du sud de la France. 

Souffler. Respirer. L’air dans les poils. Croquer une amande fraîche sous l’écorce douce. Un abricot juteux. Ou bien ferme, mais au goût toujours parfait. Ici, l’abricot, il est réduit et recueilli. Il est délicieux. Comme un abricot sec. Se repaître en fermant les yeux.

Flamant rose, Bim le festival, et goût salé

Flamant rose, Bim le festival, et goût salé

Béa

Béa