Le lâcher-plonger

Le lâcher-plonger

Se laisser porter. Toujours cette petite inquiétude, ce frisson, cette petite chose qui vacille en moi, le petit tremblement, le petit vertige, juste avant de partir, de prendre la route. La lutte entre l’intuition et le mental, faire confiance, il faut faire confiance pour se laisser plonger dans le vide comme ça, pour se laisser aller, en conscience d’une direction, mais sans plan, sans contrôle, sans cadre, libre. Complètement et infiniment libre de tout modeler, de dessiner, tracer, de décider, de se perdre, de se trouver, jusqu’à s’étourdir. Aller. S’imprégner. À la rencontre du monde comme m’a dit Béa une fois, oui c’est ça, je vais, je suis portée, c’est comme si mes peurs, mes barrières, tombaient, fondaient, disparaissaient, et je saute. Je saute. Le tournis. L’impro. L’inconnu. Ça se tord un peu, mes tripes, mes jambes qui doutent, c’est que dans la tête, ça fourmille, l’équilibre, fragile, mi gelée, mi brûlante, les extrêmes mis ensemble, tous, tous les contrastes, les paradoxes, les contraires, ils sont tous là, ensemble, ils s’apprivoisent et se dépassent, comme si enfin, tout devenait complet, l’endroit et l’envers réunis, donner le sens. C’est un doux son, une délicate cacophonie ordonnée, orchestrée, quand le lâcher-prise intervient, et donne ça, la vie, la vibration, le souffle aux choses inertes et vides. C’est beau comme un paon. Brillant comme un lac au soleil. Pur comme un truc, je sais pas, un truc brut, la pureté, ce genre d’évidence que tu ne vois pas mais que tu ressens, cet alignement parfait au plein milieu d’un bordel inqualifiable, la verticalité. Ouais, j’ai un peu peur. Un peu, juste, un peu. Juste polluée par les doutes et les normes, par les conventions et les on dit que j’aperçois là-bas, ces choses qui m’échappent, veulent m’asservir, ces choses qui me défient et me font hésiter, préjuger, mais non, je reste droite, plantée, ancrée, sûre, olympienne, sensible, sens-ible, qui dit que mes sens sont ouverts et réceptifs, qui dit que je suis là, que j’avance, absorbe, reçois, m’imprègne, puis, à mon tour, comme un relai, refléter, diffuser, répandre, cette lumière, toutes ces paillettes, cette traînée fumeuse sur le sol, qu’on laisse, ce son vaporeux tellement indolent, léger, exquis, ces couleurs pastel sucrées, comme un velours tiède, douillet, duveteux, et cette grâce, ces corps qui s’élancent et tourbillonnent, l’effervescence dorée, cette énergie, cette harmonie, quand on arrive, à se mettre à nu, se dépouiller, s’ouvrir, pour regarder, comprendre, et rencontrer, vraiment.

Notes à moi-même

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Podcast BOUFFONS : Chassez le (vin) naturel

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